Soundtrap

Les différents articles de ce numéro le montrent, la culture donne une valeur intrinsèque à une société, en fait une société dynamique. C’est un moyen de forger une identité, de renforcer ou de préserver un sentiment d’appartenance à une communauté qui s’exprime à travers la manière que nous avons d’évoquer le passé, de fêter le présent, d’envisager l’avenir : bref de raconter nos histoires. 

Ces dernières années ont vu l’émergence d’un nouveau moyen de raconter ces histoires, un canal de culture, de « social listening » et de développement de soi. C’est l’aire du podcast s’imposant comme outil de communication incontournable pour faire sens. Décryptage d’une tendance émergente en Algérie.

Le mot podcast fait son apparition en 2004 par la contraction des deux mots “iPod” (le baladeur d’Apple) et “broadcast” (diffusion en anglais). Il s’agit de contenus audios diffusés sur le web et accessibles à tout moment. 

S’il s’est imposé relativement vite aux Etats-Unis (36% des américains avaient déjà écouté un podcast en 2016 contre 11% en 2006),  en France, la progression est de +52% chaque année. En Algérie, ce média commence doucement à investir nos oreilles, et pour cause, «le podcast est à la radio ce que Netflix est à la télévision»: Loin d’être un média  “imposé”, il s’apparente à des conférences« privées », sur des thèmes qui nous intéressent réellement et à un rythme choisi, notamment grâce aux différentes applications de podcast. 

Autre avantage et non des moindres, à l’heure où il est difficile de trouver le temps de lire ou de se cultiver : écouter un podcast est une activité qu’on peut réaliser en parallèle de ses activités quotidiennes : conduire, faire du sport, cuisiner…etc. Il constitue un terrain d’expression ouvert qui donne le temps d’écouter et de comprendre loin du flux permanent d’images et d’informations auquel nous sommes confrontés sur les réseaux sociaux et la télévision.

Le podcast explore des thèmes très variés et donne matière à réfléchir sur notre environnement,  nos comportements et nos modes de vie. Des artistes, des entrepreneurs, des experts en éducation ou en technologie se racontent sans fard et exposent des points de vue éclairants sans contrainte de temps ou de forme avec une liberté de ton mettant en perspective les principales préoccupations qui animent notre société.

Cet outil favorise de surcroît l’émergence de nouvelles voix plus ancrées dans le réel et permet de découvrir des profils et travaux culturels ou artistiques à l’instar d’Eclosion, podcast d’interviews de femmes algériennes inspirantes telles des artistes, réalisatrices, actrices et artisanes ou encore Machahou qui s’intéresse aux hommes et aux femmes en lien avec la culture algérienne. 

Ainsi, le podcast peut être considéré comme un nouveau terrain d’expression libre et non formaté reflétant l’air du temps. Les modes de vie, les systèmes de valeurs, les traditions et croyances constituent ce réservoir commun de  la culture qui évolue sans cesse, il est donc normal de voir des jeunes s’impliquer et partager leurs idées et visions tout en empruntant cette “voix”. C’est le cas par exemple du Bencroft show animé par Rania qui est un véritable reflet des questionnements des jeunes algériens. De très nombreux thèmes y sont abordés avec une langue au carrefour de la langue anglaise et le dialecte algérien el dardja.

La jeunesse s’approprie de plus en plus ce moyen de communication et de nombreux autres podcasts sont nés ces derniers mois touchant à divers sujets : entrepreneuriat, développement personnel, société, politique ou encore féminisme comme le podcast Kelmetna où les algériennes trouvent un espace d’expression libre et sécurisé. 

En effet, les coûts abordables de production pour la conception et la diffusion de ces nouveaux contenus expliquent en partie cette vitalité. Cependant, le facteur principal réside dans cette  appétence qui devient de plus en plus grande pour l’audio et le besoin de prendre la parole pour s’exprimer. 

Ceci-dit, il s’agit d’une éclosion qui ne passe pas inaperçue puisque des institutions s’y intéressent déjà comme l’institut culturel allemand Goethe qui a organisé en aout 2020 en Algérie le concours Aswat pour soutenir les jeunes podcasters en leur proposant une aide financière et des formations dédiées.

Si le terme podcast peut paraître réducteur puisqu’il lie le format à une marque et que très souvent il s’agit d’interviews ou d’analyses personnelles, son potentiel artistique est immense. Il permet d’explorer le langage créatif de la radio. Qu’ils soient sensibles, naturalistes, narratifs ou conceptuels, les chemins du son sont multiples. Il s’agit d’art sonore, un état de réflexion artistique difficilement pensable avant le 20ème siècle de par sa relation étroite à la technologie. En 2018, à Alger, les ateliers sauvages accueillaient le festival Phonetics dont l’objectif était de faire découvrir au public, mais aussi aux artistes, de nouvelles pratiques artistiques et de nouvelles cultures musicales témoignant de l’ancrage de cette discipline. Il s’agit de rechercher et d’inventer de nouvelles façons de raconter le monde par le son.

Ces dernières années ont marqué une évolution de nos mentalités et une mise en valeur de pensées nouvelles plus engagées : le podcast semble devenir le canal de cette transmission de messages.

On assite à l’émergence d’une multitude de nouveaux talents, qui, lorsqu’ils respectent une certaine qualité de production, créent des contenus très riches avec une fraîcheur de ton inédite dans notre pays. S’il n’a pas encore trouvé tout son public potentiel en Algérie, l’existence de ces podcasts originaux prouve qu’ils constituent un canal à ne plus ignorer pour mieux appréhender les tendances socioculturelles en cours et à venir.

 

Auteure : Célia Belhadji

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