omar racim

“La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui” ; ainsi serait la vie selon Arthur Schopenhauer, un constant va et vient entre deux extrémités, qui, nous le savons bien, résument à elles seules toute la source créatrice des arts et de la culture.

Mais avant d’arriver au stade de la création artistique, précède une étape plutôt sombre, et décisive. Elle fait la différence entre l’artiste (ou l’admirateur d’art) et le non-artiste. Autrement dit, sans l’existence de cette sorte de corridor, tout le monde sans exception, plongerait dans la contemplation, ou l’édification de l’art et de la culture.

Une fois accroché à l’une des extrémités du pendule, et dépassant l’instant présent, nous perdons la sensation d’exister, que nous avions ressentie tout le long de notre balancement. Ce genre de moments, qui violemment brisent notre hibernation dans la confortable routine, créent un mouvement de panique, et « d’absurdité », comme nous l’a si bien expliqué Albert Camus, et nombre de ses compairs. Nous est alors offert un accès vers un lieu privilégié. Un promontoire sur lequel se dresse toute personne en quête de son art. Il faut quand même préciser que tous n’ont pas l’audace (ou même l’inconscience) d’y monter. Ceux qui n’y montent pas, possèdent deux issues : la mort, ou une vie de perpétuels malheurs et d’amertume, ponctuée par des mécanismes d’adaptations, qui la rendent momentanément vivable. Toute la différence se trouve dans l’inconscience et l’audace à la mise à nue. Se livrer à cet univers est risqué, étant parfois plus cruel que la vie elle-même.

En accédant à ce balcon des créations ou des contemplations, retentit en nous un cri, que nul ne peut ignorer. Comme effrayé par la statique du pendule, le cri tâtonne, et tant bien que mal se meut dans l’espace que nous venons de pénétrer. En contrebas, toute notre vie se déroule tel un paysage, et ce cri, qui doucement émerge de nos profondeurs, se charge rapidement d’une passion, ou d’une fureur, qui est puisée dans l’observation de ce qui se déploie à nos pieds. Cette dernière ne sait faire la différence entre un homme heureux ou un homme malheureux. Elle nous prend des entrailles, et assaille nos muscles qui se contractent aussi vite qu’elle nous pénètre. Nous sommes urgés de nous mouvoir, et par tous les moyens libérer cette soudaine énergie qui hurle de l’intérieur.

À qui la donner ? Où la déverser ? Par quelle voix la chanter ? Par quelle bouche la chuchoter ? Sauter? Espérer en rejoignant la vie, que tout se malaise se vaporise ?

A ces questions, les sauveurs que sont l’art et la culture, se proposent fièrement de dérouler tout leur univers pour embrasser tout ce que l’on a à donner, à déverser, et à léguer.

De cette loge donc, qui donne sur le spectacle de notre vie, nous comprenons, grâce aux représentations qui se passent sur scène, d’où vient ce cri, ainsi que le chemin qu’il souhaiterait prendre.

Ainsi il se libère, sous l’étendard de l’art et de la culture. Ainsi fut il toujours depuis l’aube de l’humanité. Ils permettent à des hommes de vivre malgré les maux qui empoisonnent leur vie. Cette dernière n’ayant pas de haute valeur, ils la surpassent, et s’élèvent au-dessus des viles considérations individualistes, qui cloisonnent les routines terre à terre des profanes, vides des travaux qui transcendent la société et l’histoire des civilisations. Et si à l’échelle de l’individu, l’art et la culture arrivent à sauver des vies, en proposant un exutoire à l’artiste, l’apport de ces travaux, permet à son tour d’édifier, de sauver des civilisations, et d’en avancer d’autres, à travers le temps et le dévouement de leurs acteurs.

Il est à ce stade presque inutile, de préciser que l’art et la culture, sont des vecteurs de transformations qui, en forgeant dans la légende des hommes et des civilisations, sont allés jusqu’à se généraliser dans le monde entier, comme fut le cas pour l’expansion quasi planétaire de la culture et des arts islamiques, ainsi que le foisonnement culturel de la renaissance européenne.

« Seul le juste, perdure dans l’histoire » disait les romantiques au XIXe siècle. Autrement dit, l’art et culture qui, aussi intrinsèques à l’identité de l’Homme, qu’il est impossible de concevoir une vie, un monde, et une société sans eux.

Soudain, de leur nécessité presque sine qua non de notre existence, toute leur utilité est limpide. Rendre la vie vivable, en déchargeant l’individu, ainsi que l’ensemble des civilisations, des graves et sombres moments de leur parcours ! Ces derniers souvent insondables, inintelligibles et irrationnels, s’élèvent en cris défiants les lois même de la nature à certaines courbes de l’histoire.

Ainsi l’art et la culture sont, et seront les éternels sauveurs de l’humanité. Vivant pour nous, et nous à notre tour, vivant pour eux.

Auteur : Ramy Benaferi - édition n°14

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here