assia djebar

Parler d’art, c’est stimuler la créativité pour toucher les sens. C’est le témoin du passé et de l’avancement de notre société. Par définition, nous savons que l’art est une activité qui s’adresse directement à toucher nos émotions et nos intuitions. Les œuvres artistiques sont aussi nombreuses que le sont les domaines artistiques : la peinture, le dessin, la sculpture, la musique, la bande dessinée et la littérature…etc.

En effet, la littérature est un art à part entière exprimant un idéal de beauté. C’est une façon de sublimer les pensées par la beauté du verbe en usant de toutes les ressources linguistiques possibles comme les figures de styles, les métaphores et les différentes formes de discours.

Les écrivains algériens d’expression française, des pères fondateurs : Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine et d’autres après qui ont suivi, ont fait toujours un travail de mémoire et de sauvegarde culturelles et ancestrales. Ces écrivains ont eu un accès par la suite à l’universalité en voyant leurs écrits exceptionnels traduits dans plusieurs langues.

A travers leurs écrits, nous passons du premier objectif de la littérature qui consistait à plaire et à divertir, à celui de témoigner de la réalité de son temps et à celui de sauvegarder sa culture du danger de l’assimilation. Ils ont fait découvrir notre patrimoine, nos traditions et notre culture ancestrale et ont écrit de belles œuvres qui ont, chacune par son contenu, apporté du positif en illuminant les esprits : écrire est une aventure, une invitation au voyage.

Parler de l’urgence pour qualifier la Littérature des années quatre-vingt-dix ne signifie pas l’urgence d’écrire mais c’est l’urgence de témoigner et de dénoncer. Nombreuses plumes se sont distinguées dans cette période et, malheureusement, certaines ont payé le prix de l’ancre versé dans les pages blanches de l’Histoire de cette Algérie. Prendre le risque de mourir pour ses idées en défiant la mort est une belle preuve de résistance.
De part ces écrits mémorables, les écrivains des années quatre-vingt-dix nous ont fait découvrir le sens véritable de certains termes que nous pensons anodins tels qu’engagement, dénonciation et témoignage. Nous choisissons dans cette approche, quartes figures emblématiques de cette Littérature de l’urgence : les deux figures féminines « Assia Djebbar » et « Maissa Bey » et les deux figures masculines « Rachid Mimouni » et  « Tahar Djaout ».

Dès le début de la décennie noire, certains écrivains ont tenté de comprendre la malédiction qui frappe le pays et ils ont tenté d’appréhender ce mal qui gagnait la société.

Tahar Djaout fut le premier écrivain et journaliste algérien assassiné en 1993. Dans son dernier roman (publié à titre posthume en 1999 et intitulé le « Dernier été de la raison »), l’écrivain a témoigné du réel tragique de cette décennie noire. Il a dénoncé la montée de l’islamisme en Algérie. L’auteur voulait aussi écrire pour mieux comprendre le phénomène intégriste.

maissa bey

Rachid Mimoun, pour sa part, lui aussi a effectué ce travail de mémoire en témoignant de la sauvagerie islamiste à l’égard de la population algérienne. Dans son roman «La Malédiction», il a porté un regard clinique sur l’islamisme vu comme une maladie sociale. Le génie de l’écrivain le pousse à réaliser un travail digne d’un corps médical où il nous expose l’origine du phénomène islamiste, puis il nous révèle les différents symptômes et il termine par lui trouver un traitement : injustice sociale dont la misère et la pauvreté, opportunismes et renversement des valeurs et enfin combattre par tous les moyens cette véritable malédiction sociale.

Ainsi, le témoignage prime sur les autres considérations au point de dire « Ecrire est synonyme de dire » et « dire est synonyme de témoigner ». A ce désir de témoignage se greffe un acte de résistance que ces écrivains accomplissent à chaque fois dans le sens où même la publication de livres est considérée comme un véritable signe de résistance face à l’ennemi islamiste qui a transformé le pays en étouffoir.

Motivée par la situation d’extrême violence, l’écriture des Algériennes s’est forcée d’offrir une description réaliste de la guerre civile et d’œuvrer à la restauration de la paix. Assia Djebbar, cette figure emblématique de la littérature algérienne et de sa culture s’est distinguée elle aussi par sa volonté de témoigner et de résister à toutes formes d’injustice surtout celle infligée aux femmes : elle est la voix des femmes durant la période de la décennie noire.

Dans ses nombreux ouvrages comme le recueil
« Oran langue morte » publié en 1997, on témoigne des crimes innommables de la décennie noire en rapportant l’histoire réelle d’une jeune enseignante tuée de sang froid par un déséquilibré devant ses élèves. Outre « L’Attentat », cette nouvelle racontant l’assassinat d’une journaliste par un adolescent de quinze ans.
L’écrivaine a dénoncé la violence, a défendu la femme et a sauvegardé la mémoire. Elle met à chaque fois en scène, une femme victime soit par l’islamisme ou par l’homme. C’est elle qui a inventé les « sang- écriture » pour montrer l’atrocité des crimes que subissaient les femmes en particulier en s’inspirant de la réalité. En plus du talent littéraire, l’auteure est avant tout une femme qui se considérait très ordinaire et modeste :

« J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. Je me présente à vous comme écrivain ; un point, c’est tout. Je n’ai pas besoin – je suppose – de dire « femme-écrivain ». Quelle importance ? Dans certains pays, on dit « écrivaine » et, en langue française, c’est étrange, vaine se perçoit davantage au féminin qu’au masculin. »

Quant à Maissa Bey, elle s’est opposée également à cette violence en soulignant ses effets ravageurs sur la femme, elle témoigne de femmes vulnérables et terrorisées qui vivent constamment dans la peur. Par ce féminisme, cette auteure a insisté sur l’importance de la parole et a invité la femme à reconquérir sa voix et s’affirmer comme telle.

Notre auteure est l’une des écrivains ayant réussi à affirmer son engagement dans la Littérature féminine algérienne. Elle a écrit avec plus de persévérance, l’injustice, le chagrin, la peine et la souffrance des femmes algériennes et les injustices qu’on leurs a fait subir.

A cet égard, Maissa Bey a créé avec des femmes une association culturelle nommée « Paroles et écritures ». De plus, cette nouvelliste se caractérise par une écriture féconde et étonnante empruntée de la poésie, de philosophie et d’humanisme, et par un style magnifique. Alors ses écrits sont bien soignés, ils sont dédiés à la femme et à la critique de notre société.

Maissa Bey voulait, donc ressortir ses pensées et ses sentiments et transformer le silence des femmes, particulièrement par le truchement de la littérature. Elle écrit à ce propos : Je suis venue à l’écriture poussée par le désir de redevenir sujet et pourquoi pas, de remettre en cause, de front, toutes les visions d’un monde fait par et pour les hommes essentiellement.

Son premier pas dans la scène littéraire se traduit par son premier roman « Au commencement était la mer ». Pour elle : Ecrire, c’est s’emparer de la parole, et surtout entrer par effraction dans l’espace public pour faire entendre sa voix, c’est dans des sociétés telles que les nôtres bourdés d’interdits, l’une des seules possibilités que l’on a d’exister.

Dans ce roman, l’auteure relate l’histoire d’amour et de défi d’une jeune adolescente de 18 ans, inspirée de la vie, des rêves et de la beauté. C’est donc dans ce contexte que Nadia a évolué; personnage clef et héroïne de l’œuvre. Cette jeune fille a vécu une aventure passionnée qui s’est mal terminée sur un fond de décor sanglant. La jeune fille a tenté de vivre, malheureusement, dans un monde de plus en plus intolérant vis-à- vis des femmes.

Enfin, grâce à tous ces auteurs, hommes et femmes et grâce au génie de leurs plumes, nous avons appris les valeurs toutes simples de la vie. Ces auteurs ont eu un rôle d’abord éducatif et instructif. En écrivant sur la condition féminine, les écrivaines ont changé des mentalités stigmatisées depuis des lustres, celles qui considéraient la femme synonyme de soumission et d’infériorité. Par conséquent, ces auteurs sont des porte-paroles de toutes les femmes qui ne trouvent pas un répondant pour les aider. Ces sauveuses de plus en plus nombreuses, indiquent la réalité algérienne et témoignent de la situation de la femme. Ces auteurs nous empêchent tout simplement d’oublier et permettent aux générations à venir de connaitre leurs propre Histoire. Ces auteurs nous ont appris à devenir courageux et ont œuvré pour la paix comme le montre si bien la célèbre boutade de Djaout dans laquelle il dit : si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors dis et meurs.

Ils font partie intégrante de notre mémoire et de notre culture. Ces écrivains étaient courageux, résistants, responsables en relatant la réalité. Ne sont-ils pas tous des vertus exceptionnelles ? En plus de toutes ces valeurs, ces écrivains ont tout simplement écrit pour leur pays pour défendre ce qu’ils pensaient juste. Ils ont permis à d’autres écrivains venus d’autres pays de connaitre notre Histoire. Ils ont décrit une partie importante de notre passé et c’est à nous que revient le devoir de ne jamais les oublier.

Célébrons ensemble leurs mémoires en les évoquant dans nos conversations, en parlant d’eux à nos enfants. Ainsi, nous allons permettre aux générations à venir de se réconcilier avec leur propre Histoire.

 

Auteure : Kahina Imadouchène

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