Kamel daoudAprès le succès retentissant qu’a connu son premier roman, Meursault Contre-enquête, survenu dans une conjoncture minée de polémiques tonitruantes, Kamel Daoud, écrivain et chroniqueur prolifique dont les opinions et les textes, ne laissant personne indifférent, ont servi de prétextes à des débats houleux qui ont émaillés l’actualité et nourri les controverses. Ses prises de positons sur des thématiques inhérentes à des sujets pour le moins délicats et de surcroît essentiels, lui ont valu des avalanches de critiques de mauvais aloi de la part de certains de ses détracteurs qui ont omis le fait qu’on ne peut dénier à un écrivain son droit à proclamer ses propres « indépendances » ou l’astreindre à les sacrifier sur l’autel de la démagogie, étant donné que l’écriture est, elle-même, un acte de libération.

Kamel Daoud récidive (au grand bonheur de ses lecteurs) par la publication de sa deuxième œuvre romanesque intitulée « Zabor« ou « Les psaumes« , qui est incontestablement une véritable ode à la littérature et à la lecture. Le protagoniste principal du roman s’appelle Zabor, jeune garçon orphelin de mère, habitant un village confiné entre désert et foret et n’a que les livres pour lui tenir compagnie dans sa solitude, meubler la vacuité tenace et la routine monotone du quotidien. Zabor est féru de lecture, les livres représentent son seul moyen de transcender le cantonnement du village :

Quand ils ne sont pas lus, les livres voyagent peu à peu, d’une maison à l’autre, d’un sous-sol à l’autre, d’un carton à l’autre. Quand ils sont lus, c’est le lecteur qui voyage

Ce roman-conte est aussi un éloge merveilleux sur l’écriture et son pouvoir libérateur :

L’écriture est un tatouage et, derrière le tatouage il y a un corps à libérer

Très tôt, Zabor se découvre un don, c’est celui de l’écriture et son pouvoir salvateur:

Quand Zabor écrit, il sauve une vie et congédie la mort

Il se rend compte que, par le truchement de l’écriture, il peut sauver les gens de la mort et ainsi conjurer l’inévitable « échéance », et ce, juste en scribouillant leurs histoires dans l’un de ses cahiers, fait éloigner la mort et ainsi prolonger leurs temps de vie :

écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l’immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire

Zabor, ou Les psaumes, est aussi une déclaration d’amour déclamée à la langue française, comme possibilité de dire le corps, la sexualité, le désir charnel, le goût du fruit défendu , nourrir les fantasmes et surtout décrire la beauté du monde. Avec cette langue, il arrive à extérioriser ses émotions et à dépeindre l’indicible, contrairement à la langue arabe pour les raisons qu’il évoque, entre autres :

Son malheur à mes yeux vint de son incapacité à provoquer le mystère et le plaisir. Jamais je ne parvins à en faire un rite ; ce n’est ni sa faute, ni la mienne mais celle de ceux qui me la représentèrent comme un bâton et pas comme un voyage, comme un langage de dieu à peine permis aux hommes, et cela me rebuta dès mon enfance

car sans nul doute prise en tenaille entre deux discours aux haillons d’un nationalisme chauvin et d’une idéologie religieuse d’un archaïsme éculé et nocif. L’auteur de « Mes indépendances » aborde et met en exergue des sujets très importants dans ce deuxième roman tels que la place de la femme dans les géographies arabo-musulmanes, les langues et la religion en dénonçant l’intégrisme mortifère et ses corollaires irréversibles.

Zabor ou Les psaumes, est truffé de références littéraires qui renvoient aux écrivains et romans qui l’ont marqué, il est aussi parsemé d’interrogations taraudantes et essentielles. Au-delà de cette « fable » fabuleuse, c’est tout simplement un roman empreint d’enseignements philosophiques et de perspectives lucides sur le sens de beaucoup de choses primordiales qui donnent à réfléchir et poussent à la réflexion. Kamel Daoud a, depuis la publication de son premier roman, obtenu moult prix littéraires dont le Goncourt du premier roman. Un succès amplement mérité.

Auteur: Lounnas M’henna

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