Slam, l’art de la parole libre
« Une poésie vocale, vivante et adressée, qui se vit debout, en acte, et se ressent physiquement à travers le goût des mots. »1
Venu comme pour sauver la poésie, le Slam a su trouver sa propre scène artistique et son propre public. Il s’agit d’une tribune d’expression où des personnes peuvent interpréter leurs poèmes en parlant, en chantant, de façon rythmée, ou pas… En mariant poésie et spectacle interactif, le Slam est parvenu à démocratiser la poésie, qui, en sortant d’un certain cercle littéraire classique, est rarement appréciée du grand public.
« La différence entre une soirée Slam et une soirée poésie, c’est que si tu dis que c’est une soirée Slam, tu as 10 fois plus de gens » Fellix J.
Le slam est né à Chicago, dans les années 80, lorsque Marc Smith, décide d’organiser des concours de poésie dans un bar (Le Green Mill), où les poèmes sont interprétés sur scène et les juges sont le public lui-même. Ces rencontres ont connu un vif succès et se sont vite propagées d’abord à travers les Etats-Unis, puis dans tous les coins du monde.
Il s’agit d’une poésie qui n’est pas vouée à être lue silencieusement depuis une feuille, il n’est pas un courant littéraire mais une convergence des genres, et même si des artistes slameurs comme Grand Corps Malade sont apparus sur la scène musicale, le Slam n’est pas un style musical mais un style d’oralité.
Concrètement, sur une scène de Slam, les artistes interprètent leurs textes seuls, ou en groupe, en toute liberté et vivacité ; l’audience prend part dans l’aventure et devient juge. La performance est jugée autant sur le contenu et le style du poème, que sur l’ardeur et l’attitude de celui qui l’interprète.

Le mot « Slam » , dont le sens fait allusion à une collusion soudaine, reflète l’effet recherché par les Slameurs ; un choc éprouvé à l’écoute de ces textes, qui, nourrit par les sensibilités de chacun, exposent un large éventail d’idées, de thèmes, de traditions culturelles ; il est destiné à créer un impact pour que la poésie avance dans les débats sociaux.

Le Slam est en fin de compte un tournoi, une compétition qui n’est pourtant pas destinée à être gagnée, puisque le but premier et principal est de partager et de propager la poésie.

Coupe d’Afrique De Slam Poesie (Casp) :
Depuis son apparition en Amérique, le Slam n’a pas cessé de voyager, et c’est en Afrique qu’on le retrouve à travers la coupe d’Afrique du Slam poésie.
En novembre 2018, la toute première édition de la Coupe d’Afrique de Slam Poésie verra le jour, à N’Djamena -Tchad-. Les festivals de Slam ne sont pas nouveaux pour cette ville, qui en octobre 2017 a accueilli ce qui est considéré comme le plus grand festival de Slam au monde avec 200 participants et plus de 6 000 spectateurs.
Cette coupe a certes pour objectif de promouvoir le Slam dans un milieu jeune, mais aussi et surtout, de permettre à ces derniers de s’exprimer librement notamment sur certains sujets sensibles qui pourraient refléter leur quotidien tel que la différence, l’exclusion, le racisme, la xénophobie ou encore la radicalisation.
Cette compétition se veut continentale, dans la volonté et l’espoir de rapprocher les pays africains, et briser les barrières culturelles et linguistiques entre ces derniers.

L’évènement promet d’être riche et varié ; en plus de la compétition proprement dite, destinée à désigner un gagnant, une tribune d’expression libre est aussi prévue, ouverte aux Slammeurs amateurs leur permettant de participer hors compétition ; Performances, ateliers, défilés et conférences feront aussi partie du programme de la coupe.
Pour la compétition, aucun thème ne sera imposé, assurant ainsi aux candidats, une expression libre, pendant les trois minutes de leur apparition sur scène pour chaque tournoi. Il y aura cependant deux langues obligatoires pour concourir, le français et l’anglais.
La cérémonie d’ouverture est particulièrement remarquable, chaque candidat performera a capella (sans accompagnement instrumental) l’hymne national de son pays avant le lancement de la compétition.
La compétition commence ensuite avec des « matches de pool » pour tous les candidats. Dans chaque pool, deux personnes vont s’affronter face à face pour l’élimination ou la qualification directe pour le tour suivant (Huitième de finale). Ensuite vient le deuxième tour composé de 16 Slameurs, le quart de finale (8 Slameurs), la demi-finale (4 Slameurs) et la finale (2 Slameurs).

Comment participer ?
Les inscriptions des candidats à la CASP se font à travers un réseau d’ambassadeurs représentant les différents pays africains ; chaque ambassadeur est tenu de désigner le candidat de son pays à travers une compétition nationale. Chaque pays enverra un représentant à la coupe ainsi qu’une délégation nationale d’artistes et d’acteurs culturels.

La présence algérienne
L’Algérie répondra présent à l’appel à participation de la CASP 2018, comme elle a répondu  présent à celui du festival de « N’Djam s’enflamme en Slam » de 2017 ; et c’est Meriem Bouraoui qui représentera fièrement son pays dans ce festival, comme celui d’avant.
«I was about to open YouTube to watch my Ramadan serie when a message jumped up the screen saying ‘we are gonna meet again’, I directly realized it was my Cameroonian friend, Faithfull, telling me that I was chosen candidate for the African cup for Slam Poetry, I couldn’t realize that my texts and performance was that favorable to the jury but now I do and I know it is a big step for me, for my country and especially for Slam poetry to be recognized as a major art!» Meriem Bouraoui
Cette manifestation est à la fois une opportunité d’échange et de rapprochement entre les pays africains, mais aussi une occasion pour les jeunes de s’exprimer et de débattre sur des questions d’actualité, qui façonnent leurs quotidiens. Et même si le Slam, comme tout art, ne porte pas de solutions, il pose néanmoins plus de questions qu’il n’en répond, et parfois, il s’agit juste de se poser les bonnes questions pour apporter un changement.
Je vous invite donc tous, Slameur ou amateur de Slam de suivre l’évènement de prêt, notamment sur la page Facebook dédiée à celui-ci, que ce soit avec une optique de participer ou juste de soutenir et apprécier les performances.

Auteur : Ahlem Kebir

 

1 Camille Vorger, Poétique du slam : de la scène à l’école : Néologie, néostyles et créativité lexicale, thèse de doctorat, novembre 2011. 

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