Connaitre l’œuvre d’un artiste est-il suffisant pour comprendre sa personne ? Y a-t-il des aspects que la vie et la personnalité de l’artiste peut nous apprendre, que son art est incapable de nous transmettre ?
C’est en tous cas une conviction que partagent Safy Boutella et Mehdi Hachid, et qu’ils ont voulu, ou même ressenti le besoin de concrétiser. C’est sous forme de web documentaire que ce projet a vu le jour, réalisé par Mehdi Hachid, produit par Contrast : Agence photographique et production audiovisuelle, et présentant Safy Boutella, comme l’artiste qu’il est : compositeur, arrangeur, musicien et metteur en scène, mais pas uniquement, Safy apparait ici principalement autant qu’homme, avec tout ce que ça implique : expérience, convictions, mémoire, réussite, échec, et surtout avec une leçon de vie.

« J’ai voulu montrer à ma génération, en ce moment surtout, Safy, cette personne qui m’inspire, cet artiste… cet homme d’abord, puis cet artiste qui inspire par sa pluridisciplinarité, par son engagement, et par l’énergie qu’il met dans tout ce qu’il fait. J’ai voulu le montrer et j’ai voulu le montrer simplement, sans filtre, pas de logo, pas de sponsors, juste l’homme, et ça à donner Safy sans filtre. » Mehdi Hachid
L’idée de Safy sans filtre est enfin de compte une envie de servir son pays et sa communauté, une envie partagée entre le réalisateur et l’artiste, ou plutôt la personne qu’il est. Mais peut-être que l’expérience de Safy ici a aussi une étendue personnelle, l’envie de se présenter lui-même comme il est vraiment et corriger ou compléter les idées qui rôdent autour de son nom, depuis des années.
« Moi, j’ai le souci de servir, j’ai jamais eu le souci d’être ou de devenir une star, et ce qui m’intéresse, c’est que ce que je fais serve à quelque chose. Et j’ai toujours eu ce souci d’être reconnu dans un domaine, mais pas dans un autre. Parfois, on me dit c’est marrant, on imaginait « wahd el chikh avec une longue barbe wela.. » c’est peut-être par ce que le nom traine depuis longtemps… ; Mais le but c’est de dire que quelqu’un a fait tant de chose, pas pour dire que c’est un As pas du tout, mais c’est de dire que c’est faisable ! Une personne peut faire plein de chose, et une personne peut remplir sa vie et inonder de son énergie son entourage et donc servir à quelque chose, et donc enfin de compte ça sert à donner l’exemple, à inspirer… » Safy Boutella
Durant les 20 Min que présente chaque épisode de Safy sans filtre, on découvre donc une autre facette de Safy, une facette privé, intime, porteuse de leçon et de conseil d’une personne aillant réussi, son secret ? il s’est avéré que c’est juste de vouloir réussir, mais le vouloir vraiment, le vouloir profondément, mais il ne suffit pas d’avoir une passion, il faudra aussi l’entretenir, « C’est comme quand tu as de l’énergie pour courir 10 kilomètres, mais quand tu commences, tu as l’impression que tu ne peux courir que 5 Kilomètres, mais si tu te pousses et « tzid men 3andek chuia » tu te rends en compte que tu peux en courir 25 ! » Safy Boutella
Si le message qu’a été prévu à travers le projet Safy sans filtre est si transcendant, c’est en partie grâce à la démarche qu’a adopté Mehdi et l’équipe Contrast : « Safy sans filtre est vraiment un documentaire…, le premier en son genre en Algérie, c’est un format web gratuit, qui est épuré, ou même moi je ne suis pas présent. L’objectif est de montrer un personnage, de montrer un concept et de montrer un homme, et de le montrer le plus simplement possible.» Mehdi Hachid.
Mais la question que je me pose, c’est comment une personne peut s’assoir, face caméra et s’ouvrir à des milliers de gens, parler de soi, de sa personne, son histoire ? Se dévoiler est souvent synonyme de vulnérabilité. Est-ce plus facile pour un artiste de se mettre à nu de cette manière devant le regard des gens ? La réponse n’est jamais très simple, mais c’est dans une belle tentative, que Safy a exprimé son état, entre trac, pudeur, audace, mais surtout conviction, que cette étape est utile, même nécessaire et que beaucoup de bien va en découler.
La réponse n’est pas si simple, car après tout, « C’est une mise à nu, il se permet de dire des choses, de parler de sa vie, de son père, de sa fille … il ne parle pas que de musique, et puis il ose … il se permet de dire des choses à des centaines de spectateurs et enfin de compte c’est très personnel et il faut oser ! Une vraie mise à nu que maintenant il ressent, et moi aussi d’ailleurs, moi qui ai du mal à me mettre en avant, mais quand je vois l’intérêt derrière, quand je vois le bien que ça peut faire au gens, quand ces propos deviennent des conseils, des canons, des règles … »
Mehdi Hachid
« S’il n’y avait que moi, ça m’aurait déranger de le faire, mais il y avait aussi tout ce j’ai fait qui m’accompagne, donc enfin de compte, je n’étais pas seul. Du coup ça ne m’a pas beaucoup gêné. Ça me gêne en ce moment un petit peu, parce que le premier épisode est passé, et c’est tellement un focus que sur moi, que justement la pudeur commence à apparaître. Mais il y a aussi la matière derrière donc ça va. Et puis, c’est utile et c’est fait exactement comme j’aime que les choses soit faite, j’aime que quand on présente une personne, le cadre soit aussi propre comme celui que Mehdi a fait, j’aime que les choses soit net. Mais avant de commencer l’interview, j’avais un peu le trac quand même, mais le ton avec lequel Mehdi a commencé à me poser des questions m’a complétement mis à l’aise » Safy Boutella

Dans ce projet, on pense aux autres d’abord, on pense aux autres surtout, et dans tous les aspects ; l’utilité du projet a poussé à la fois le sujet et les réalisateurs de sortir de leur zone de confort. La gratuité et la disponibilité de la chose ont été des aspects primordiaux pour le projet, il fallait que tout le monde puisse en profiter, et pour cela, la plateforme choisie pour son lancement n’est autre que Facebook, le réseau social le plus populaire en Algérie. Ce n’est pas tout, Mehdi Hachid et l’équipe Contrast ont même pensé aux vidéastes qui voudront utiliser leur travail dans une prochaine réalisation : « Dans notre projet, il n’y a rien, aucune signature, aucun logo, c’est fait aussi pour d’autres vidéastes, s’ils veulent reprendre les images pour d’autres documentaires, ils trouvent de la matière. Parce que nous, lors du montage, on essayait avec l’équipe de récupérer des images ; ce qu’on a trouvé était ou très mal filmé, très mal éclairé, très mal produit, ou quand c’été bien, il y avait toujours un logo énorme.»
Enfin, la question que j’attendais avec impatience de poser, tant à Safy Boutella qu’a Mehdi Hachid, qui tous deux ont fait de leurs passions un métier, est celle que probablement beaucoup d’entre vous se posent aussi ; Peut-on vivre de notre art, de nos passions ?
« Mais bien sûr que c’est possible !! » le ton de la réponse de Safy boutella rendais ma question presque absurde et ceci m’a soulagé, ça veut dire qu’en effet la question n’a pas lieu d’être ! C’EST POSSIBLE ! Mais comme tout dans la vie, ça ne tombe pas du ciel :
« Trouvez des stratégies pour vivre de votre art, moi quand je suis rentré des états unis je me suis dit comment je vais faire pour vivre avec cette musique, j’ai trouvé la combine en faisant de la musique de film, mais quand je prends de l’argent, je l’investis dans ma passion.
Cependant, il faut être intelligent, il faut avoir envie… si vous avez une passion il faut avoir envie de l’entretenir, et il faut se donner les moyens ; mais les moyens ne veulent pas dire chercher des milliards, se donner les moyens veux dire « Sib 3afsa », mais le reste du temps prends conscience de toi-même, connais-toi, apprends toi, écoute des gens bien au lieu de toujours écouter ceux qui t’applaudissent. Passe du temps à apprendre avec tout ce qui a aujourd’hui sur le net…
Donc pour tous ceux qui ont envie de vivre de leur art, bein… qu’il y aille, c’est tout ! Qu’il ait le courage et l’audace de le faire ». Safy Boutella

Rencontre avec Safy Boutella et Mehdi Hachid par Ahlem KEBIR

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