Dans ce troisième numéro d’Ineffable Magazine, nous vous proposons de poursuivre la découverte d’El-Bahdja à nos côtés, et de vous laisser surprendre par une autre de ses multiples facettes.

Êtes-vous déjà tombés sur une carte postale, une photographie ou encore un dessin d’Alger représentant cette célèbre façade maritime caractéristique de la capitale ? Sans doute !
Nous vous invitons alors à longer l’un des axes les plus représentatifs de la ville et à vous laisser charmer par son cachet typiquement méditerranéen.

Séquence 2 : le boulevard front de mer

La deuxième séquence de notre promenade est caractérisée par l’ouverture sur la méditerranée ; elle est marquée par la brise marine, le cri des mouettes, le fracas des vagues contre la jetée et l’odeur de l’iode. Nous sommes sur le boulevard front de mer.
Le projet fut initié en 1860 par Napoléon III, trois principaux objectifs lui sont assignés : Doter Alger d’une façade urbaine haussmannienne ordonnée qui traduirait une image moderne de la ville, créer par cette structure la continuité entre le quartier Sud et Nord de la ville et, surtout, rétablir la liaison entre le port et la ville.
Ce projet d’envergure fut confié à l’architecte Guiaucahain et à l’architecte-ingénieur Frédéric Chassériau pour ce qui est des structures de soubassement, des voûtes (utilisées par la suite comme magasins liés au port), des rampes et des escaliers.
Tout au long du boulevard, des bâtiments imposants, de styles différents, s’enfilent au fur et à mesure, comme sur un collier de perles. Faisant face à la mer, ils confèrent à Alger, sans doute, son image la plus célèbre.

Hotel Aletti, Alger

Le premier bâtiment qui retient notre attention est l’Hotel Safir (ex-Aletti). Cet ancien hôtel-casino de prestige fut construit en 1929 par les architectes Richard et Bluysen dans un style Art déco. On peut remarquer, au niveau des galeries du rez-de-chaussée, un ensemble de bas-reliefs proposant des thématiques de voyages. À l’intérieur, des fresques murales de grande qualité, reprenant notamment des scènes orientalistes, habillent les parois. Des personnalités étrangères célèbres ont séjourné dans cet hôtel, comme Charlie Chaplin, Albert de Monaco, Georges Brassens, Charles Aznavour, Fidel Castro, ou encore, 

pour les personnalités algériennes, Messali Hadj et Ferhat Abbas. Aujourd’hui, l’édifice a malheureusement perdu de son lustre d’antan, et c’est dans le but de le retrouver qu’une opération de rénovation a récemment été lancée.

Contrastant avec l’ensemble des édifices du boulevard, tous construits dans des styles plutôt classiques, se dessine un bâtiment de style néo-mauresque : le siège de la wilaya d’Alger (ex-hôtel de préfecture). Cet édifice construit entre 1908 et 1913 par l’architecte Jules Voinot, semble se démarquer par son style des bâtiments avoisinants. Sa façade est caractérisée par
une superposition d’arcades sculptées en motifs mauresques et par son décor en bandeaux de céramique rappelant la couleur de la mer. L’intérieur de l’édifice, richement ornementé, a conservé aujourd’hui l’ensemble de ses décors : parterre de jaspe, colonnes d’onyx et de marbre, murs brodés d’arabesques, moucharabieh et verrières fleuries en font la splendeur.
Non loin de ce dernier, se dresse l’impressionnant bâtiment du siège de l’APN. Cet ancien hôtel de ville a été dessiné en 1937 par les architectes Niermans et Ferlié dans un style rationaliste, épuré, affirmant la verticalité. L’édifice s’impose sur le boulevard par un avant-corps doté d’un rez-de-chaussée en arcades.

Théâtre national d'Alger
© Mehdi Drissi

En poursuivant notre balade, nous arrivons au niveau du Square Port Saïd ; une façade de style néo-renaissance s’élève en arrière-plan: C’est le Théâtre National, un véritable élément de repère au sein du quartier. L’édifice fut construit en 1853 par les architectes Chassériau et Ponsard dans un style néo-renaissance. En 1930, l’intérieur est totalement rénové par les architectes Taphoureau et Guermonperez : les lignes épurées de l’Art Déco remplacent les décors Beaux-Arts des balcons. De nombreux artistes de renom furent sollicités afin de réaliser les décors et fresques intérieurs.

De l’autre côté de la voie, en contrebas se trouve la pêcherie. Ce petit port constamment animé, où les pêcheurs s’activent, où les filets sèchent au soleil et où les restaurants ne désemplissent pas, constitue un capital touristique considérable pour la ville, mais il se meurt malheureusement de jour en jour. Parmi les restaurants les plus célèbres de la pêcherie, on retiendra le restaurant « le Dauphin », ancien bâtiment dédié au service sanitaire du port (quarantaine). Il fut dessiné en 1830 par l’architecte Luvini dans un style néo-grec (l’édifice fait penser à un temple périptère grec), avec comme message sous-entendu la célébration de la création de l’Etat grec après la guerre d’indépendance contre l’empire Ottoman.

Plus loin, sur la jetée, on peut distinguer l’ultime trace de la présence espagnole à Alger : la forteresse du Peñon. Jusqu’à l’arrivée des Ottomans à Alger, le port fut constitué par un abri naturel de quatre îlots (d’où l’appellation « El Djazaïr »). Les Espagnols, en prenant Alger, s’étaient installés sur le plus grand de ces îlots « la Stofla » et le comte Pedro Navarro y fit rapidement construire leur forteresse : le fameux Peñon (Peña signifiant « rocher » en espagnol).

Mosquée de la pêcherie
© Nabil Zedam

Le boulevard offre une perspective imprenable sur la mosquée de la pêcherie. Construite durant la période Ottomane, entre 1650 et 1670, cette mosquée classée patrimoine national, est de rite Hanafite. Elle fut notamment célèbre pour son emplacement particulier constituant un piédestal pittoresque : en effet, avant l’édification du boulevard de l’Impératrice (actuel boulevard front de mer) vers 1860, elle reposait sur la plage, ce qui constituait un joli petit paysage maritime conférant un certain charme à la mosquée.
L’autre point à souligner sur ce bâtiment est sa forme qui contraste avec le schéma des mosquées du Maghreb. Il est construit selon un plan basilical (inspiré du schéma byzantin) et est surmonté d’une coupole centrale à pendentifs, contrebutée par des coupoles d’angle, trait caractéristique des mosquées ottomanes.

On remarque, par ailleurs, la présence d’un minaret à base carrée typiquement maghrébin, doté dès 1850 d’une horloge à carillon provenant de
la Djenina (centre du pouvoir politico-administratif Ottoman donnant sur l’actuelle place des martyrs).

Chambre de commerce, Alger
© Nabil Zedam

À sa droite, la chambre de commerce et de l’industrie, qui abritait par le passé, le tribunal, la chambre de commerce et le palais consulaire. Elle fait la liaison entre la grande mosquée et la mosquée de la pêcherie. Cet édifice qui date de 1891, fut dessiné par l’architecte Henri Petit dans la tradition du style Beaux-Arts de Paris. Sa façade principale classique s’accorde aux édifices longeant le boulevard front de mer ; elle se compose d’un rez-de-chaussée en arcades, d’un corps percé de baies et rythmé par des colonnes engagées et est couronnée d’un fronton surmonté d’un édicule décoré d’une horloge qui autrefois fut encadrée de deux allégories symbolisant le commerce et la justice (détruites lors du séisme de 2003). On peut aussi remarquer que la façade principale est ornée, de part et d’autre, de chutes sculptées d’ancre de marins, de balance de la justice, et de cornes d’abondance.
L’intérieur est tout aussi splendide que l’extérieur : il est organisé en coursives autour d’un espace central éclairé zénithalement par trois lanterneaux, et latéralement par des baies closes par des grilles en fer forgé. On y remarque un souci du détail poussé jusqu’à l’ornementation des éléments porteurs en fer par des chapiteaux corinthiens. Les parois intérieures sont richement décorées : les écoinçons des arcs sont marqués par des pendentifs à feuillage, le plafond est décoré de caissons géométriques, mariant différentes textures et couleurs dans une justesse irréprochable.

La grande mosquée d'Alger
© Habib Boucetta

En arrière-plan, on voit s’élever le minaret de la Grande mosquée ; l’image de la mosquée que nous connaissons aujourd’hui est passée par plusieurs phases de construction à travers les différentes périodes historiques qu’a connu Alger.
Le premier oratoire à cet emplacement remonterait à la période Ziride, construit à proximité des ruines d’une ancienne basilique byzantine. Il fut ensuite remplacé, en 1097, à la période Almoravide par la Grande mosquée de rite Malékite, sous l’impulsion de Youcef Ibn Tachine. Édifiée selon le schéma des mosquées du Maghreb dites « Hypostyles », inspirées de la première mosquée du Prophète à Médine, elle se compose d’une salle de prière à plan quadrangulaire, divisée en nefs perpendiculaires au mur Qibla par des piliers enjambés d’arcs outrepassés et d’une cours « Sahn » bordée sur ses petits côtés de galeries à colonnades. Chaque nef est recouverte d’une toiture à double pente en tuiles et surmontée d’arcs polylobés, rajoutés par la suite pour des raisons de stabilité. C’est vers 1324 que le minaret a été ajouté à la mosquée pendant la dynastie des Abdalwadide ; c’est un minaret à base carrée, décoré d’arcatures aveugles en arc polylobé. Le mihrab, quant à lui, fut remplacé au XVIIe siècle.
Durant la période coloniale, la grande mosquée d’Alger connaîtra d’autres transformations causées par les opérations urbaines menées dès 1830. En 1837, on propose la création d’un péristyle sur la rue de la marine en réutilisant les colonnes empruntées à la mosquée El-Sayyida, l’une des plus belles mosquées d’Alger, qui fut détruite en 1831-1832, pour la réalisation de la place royale, actuellement « place de martyrs ». Le projet fut exécuté par les architectes Lefèvre et Guiauchain qui ont décidé aussi d’orner le haut du minaret par des faïences bleues et de construire une nouvelle tribune. La mosquée est aujourd’hui classée patrimoine national.

Auteurs: CHELGHAM Fatima & AOUIDEF Louisa

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here