Nous vous avons présenté précédemment, dans la première édition du magazine culturel Ineffable, l’histoire de la belle Alger – Alger l’enchanteresse, Alger la joyeuse ou encore El Bah’dja. Nous vous y promettions le récit d’une promenade aux mille merveilles, aux odeurs méditerranéennes, aux ambiances différentes et aux joyaux architecturaux légués par le temps.

Tout au long de cette promenade, vous noterez que la capitale change souvent d’humeur, elle pourrait passer du calme serein au concerto de vie populaire, seulement en un changement de ruelle !  Alger est vue et perçue différemment de tous, c’est une ville aux mille facettes et nous vous proposons donc de les découvrir ensemble…

Première facette : Alger la dynamique 

Et si du haut de ses constructions blanches la capitale se fait appeler jusqu’à nos jours « Alger la blanche », le bleu azur de sa baie bercée par un climat méditerranéen au charme unique et les tons verdâtres ne lui sont guère étrangers. En effet, le patrimoine végétal d’Alger est aussi riche que varié puisqu’un grand nombre de parcs, de jardin « J’nane » et de réserves y ont vu le jour et ont offert à la campagne « Fahs »  comme à la ville des poumons, des aires de rencontre, d’échange et d’extériorisation mais aussi des lieux symboliques et commémoratifs, témoins d’une Alger grande et prospère. Le Parc Galland, actuel Parc de la Liberté « الحرية », représente l’une de ces richesses végétales, il sera donc la perle de départ du parcours de découverte des joyaux d’Alger.

Implanté depuis 1915 sur l’une des rues les plus réputées d’Alger, « La rue Didouche », le jardin portait le nom de son initiateur « Charles de Galland », avant d’être rebaptisé Parc de la liberté. Cet espace est réputé pour être un jardin ou l’escalier est omniprésent puisqu’il s’implante sur un terrain très pentu. Le jardin se dévoile derrière une entrée somptueuse habillée d’espèces végétales de toutes sortes. Les magnolias, les ficus, les cycas et autres végétations accompagnent les bassins d’eaux et les points de repos du jardin jusqu’au Musée des antiquités et des arts islamiques, second bijou architectural et historique à découvrir.

Inauguré en 1987, c’est le premier musée d’Algérie. Le musée se faisait anciennement appeler Musée Stephane Gsell, nom de l’historien et archéologue français ayant contribué à l’enrichissement des collections de celui-ci. Installé dans une ancienne maison des hauteurs de Mustapha (Actuel Telemly), il offre une vue panoramique sur la baie d’Alger. Le bâtiment abrite aujourd’hui, derrière son arc outrepassé faisant guise d’entrée et sa porte en bois finement sculpté de style marocain du XIIe siècle, les vestiges de l’Algérie antique mais aussi des pièces d’art islamiques singulières et uniques.

En redescendant sur la Rue Didouche, et seulement à quelques pas du musée Stephane Gsell, un second somptueux jardin dévoile timidement une maison du XVIIIe siècle, semblable aux palais Hafsides du XVe siècle. A l’entrée, nous pouvons lire « Musée Bardo d’Alger ». C’est ici, le Musée National d’Ethnographie et de Préhistoire, abrité à l’intérieur de ce magnifique palais du Fahs, autrefois demeure d’un prince Tunisien exilé. Le musée fut inauguré en 1930 à l’occasion du centenaire d’Alger, nous y retrouvons différentes collections sur les ethnies maghrébines, sahariennes ou encore des expositions retraçant la préhistoire nord-africaine. Cette maison, œuvre d’art à elle seule, a l’honneur d’abriter la sépulture de la reine des Touaregs « Tin Hinen » dont la légende reste à nos jours un mystère.

En poursuivant sur la même rue, la végétation se fait plus discrète au profit des fameux immeubles de rapport, c’est là l’approche du centre d’Alger. En traversant les ficus nous apercevons un cylindre de béton, une forme peu commune. Une centrale nucléaire ?  Une tour de contrôle ? Non, Rien de tout cela! Ce volume n’est autre que la fameuse Cathédrale du Sacré Cœur. Une prouesse technique et architecturale, achevée en 1956. A cette époque, l’apparition du béton révolutionne la construction, nous pouvions enfin oser les courbes et les grandes hauteurs. Nous devons ce chef d’œuvre aux architectes Paul Herbé et Jean le Couteur. La structure en béton armé et la pureté des lignes de la cathédrale traduisent l’esprit moderniste et rationaliste de l’époque mais respectent la fonction cultuelle puisque l’intérieur se développe selon un plan classique en croix grecque offrant ainsi le recouvrement des nefs par une coupole remarquable convergente vers un point de lumière faisant la particularité du bâtiment.

Nous nous enfonçons à présent au cœur du dynamisme caractérisant la « Rue Didouche ». Les activités fusent, les personnes s’entrecroisent, les bruits se mélangent mais le regard est tout de suite porté sur ces immeubles de rapport blancs dont les balcons européens s’alignent et dont les façades se veulent régulières mais diverses. Chaque immeuble se démarque par un traitement particulier : un hall d’entrée et une porte au décor raffiné, en fer forgé ou en bois sculpté mais aussi des corniches, des mascarons ou des modénatures donnant une rythmique à la discipline rigoureuse de ces immeubles européens.

Un moment d’arrêt se dessine et accentue l’animation de la fameuse rue, la Place Maurice Audin.   Sans doute l’une des plus connues d’Alger, il s’agit d’un lieu de rencontre mythique pour les algérois. La place est baptisée « Maurice Audin » en 1963, pour glorifier la mémoire du mathématicien dont elle porte le nom, fervent militant anticolonialiste disparu en 1957. L’intellectuel fut également assistant à la Faculté des sciences d’Alger, prochain joyau à contempler. Le bâtiment de la Faculté résulte de la parfaite symbiose entre les différentes interventions des architectes Dauphin, Petit, Guion et autres. Cette faculté est considérée comme doyenne des facultés et fut témoin d’un grand nombre de mouvements universitaires militants pour la cause algérienne. Aujourd’hui, cette faculté communément appelée « Fac-centrale », représente un repère au sein de la ville.

Non loin de là, et toujours sur la même lignée, un bâtiment s’affirme et s’impose à l’image d’une forteresse gardée, voilà là l’actuel Lycée Arroudj et Kheirreddine Barberousse. En 1902, c’est le premier lycée de jeunes filles d’Alger « le Lycée De Lacroix ». Conçu par l’architecte Darbeda, l’architecture européenne se fait facilement reconnaitre : une symétrie parfaitement affirmée, une rythmique imprenable, une régularité assidue, des fenêtres longues, étroites, toutes cintrées de linteaux, le tout recouvert d’une toiture en tuile rouge peu commune à son environnement.

Si l’on poursuit dans la même direction et sur le même trottoir, le nom de la rue change pour devenir L’« Avenue Khettabi ». Néanmoins, le style reste inchangé, les immeubles de rapports se poursuivent, toujours dans le respect d’une rythmique et d’un alignement disciplinés. « Alger était un laboratoire d’architecture », au bout de l’avenue, le bâtiment de l’ex Grand Hôtel Excelsior se dévoile, témoignant de cette effervescence de l’architecture. Inauguré en 1903, sous les directions de l’architecte Auguste Guillet, ce bâtiment de style Art Nouveau exhibe une façade régulière mais richement ornementée de sculptures de femmes, de décors floraux en bas-reliefs. La particularité du bâtiment reste son traitement d’angle puisque celui-ci est marqué par une superposition d’oriels et conclu par une horloge, le tout en stuc finement sculpté.

En rejoignant le boulevard Khemisti, nous nous retrouvons au cœur de la coulée verte, nez à nez avec le Jardin de l’Horloge ou s’élève le Pavois ou le célèbre Monument aux Morts. Le monument fut conçu en 1923 par les sculpteurs Landowski et Bigonet, avant d’être retravaillé par l’artiste Issiakhem après l’indépendance, il représentait des personnages algériens et français, symboles de paix dans les relations franco-algériennes. Actuellement, ce point d’arrêt est historique mais représente également l’espace de transit entre les hauteurs d’Alger et la baie.

Si l’on se positionne face à la baie d’Alger, trois bâtiments se présentent successivement : L’Hôtel Albert 1er, l’ex Siège de la Dépêche et enfin la célèbre Grande Poste d’Alger.

Le premier bâtiment, l’hôtel Albert 1er, fut édifié en 1907. Il se trouve à l’angle d’une rue, d’où son traitement d’angle particulier et son riche décor matérialisé par des corniches, des moulures et des modénatures dorées. Il maintient jusqu’à nos jours son activité et reste très prisé par les touristes puisqu’il est au cœur du dynamisme d’Alger. Ensuite, l’actuel Siège du Rassemblement National Démocratique, conçu par Henri Petit en 1906 vient s’affirmer dans un style différent du noyau colonial initial. C’est l’un des premiers bâtiments de style néo-mauresque imposé par le Gouverneur Jonnart, sa volonté étant d’arborer une stratégie pacifiste et protectrice ou humaniste afin de masquer la politique de colonisation et cela par la mise en valeur du patrimoine oriental. L’ex Siège de la Dépêche témoigne de cette politique puisqu’il affiche un décor orientaliste très chargé à l’intérieur comme à l’extérieur par le traitement de la façade par une série d’arcs outrepassés sur colonnades finement sculptés.

En continuité avec le bâtiment précédent, nous arrivons au pied de la Grande Poste d’Alger. Très connue des algériens, elle reste l’un des monuments les plus significatifs de la richesse de la ville d’Alger. Œuvre de Voinot et Toudoire (1913) elle s’impose derrière une façade très orientaliste mais moderne et déclare une incroyable richesse de décor. Les parois intérieures, partagées entre agencement de mosaïque de faïence polychrome et stuc travaillé finement, abritent le joyau de la Grande Poste, sa « coupole à 8 pans ». Les nervures de la coupole et son décor d’entrelacs de stuc convergent vers le pendentif suspendu au-dessus du hall central. Aujourd’hui, la Grande Poste est fermé au public, il fait l’objet d’un projet de reconversion en musée et sera donc prête à recevoir des visiteurs qui admireront sa beauté inouïe.

Au loin, la fameuse rue d’Isly se dessine, c’est l’actuelle rue Larbi Ben Mhidi. Récemment réhabilitée, elle exhibe sa rythmique rigoureuse et sa discipline architecturale dans la succession des immeubles de rapport qui respectent l’urbanisme traversé au préalable et affiche un dynamisme social et architectural très prononcé. Toujours beaucoup de bruit, des rythmes de pas accélérés, des voix qui s’élèvent et des rires qui gisent, nous arrivons au fameux Milk Bar. Charmant café anciennement huppé et point de rencontre de la bourgeoisie d’Alger, il est aujourd’hui considéré comme un lieu de rencontre populaire mais surtout un lieu de mémoire puisqu’il fut témoin de l’attentat du FLN de 1956. Au-dessus de ce café, fait peu connu, s’élève le bâtiment qui a abrité pendant longtemps le Bon Marché d’Alger. Ce fut une série de magasins, inaugurée en 1923, qui se développait autour d’un atrium avant d’être rehaussé de trois niveaux animés par de grandes baies.

Face au café, élevé sur un cheval de bronze, l’Emir AbdelKader brandit son seïf au milieu de la Place qui porte son nom, anciennement Place Bugeaud, comme pour crier l’indépendance et la liberté de l’Algérie suite à la libération de l’occupation française.

Non loin de là se dessine l’image d’un bâtiment dansant entre le style néo-mauresque et la contemporanéité, c’est le Musée National d’Art Moderne et Contemporain d’Alger, ou plus communément appelé le « Mama ». Ce musée est le résultat de la reconversion des anciennes Galeries de France édifiées en 1901, autre chef-d’œuvre de l’architecte Henri Petit. Ce bâtiment abrite aujourd’hui les plus belles œuvres d’artistes algériens plasticiens modernistes et contemporains sous la lumière diffusée par les trois coupoles octogonales surplombant les galeries aux parois sculptées et mis en scène sous les jeux de lumières et d’ombres de l’espace intérieur. La façade orientaliste du bâtiment avec ses arcades en arcs outrepassés a été rajeunie par les touches contemporaines et rafraîchissantes de couleur s’affirmant comme un bâtiment du passé au présent.

Dès lors que l’on entreprend la descente vers la baie, la brise marine s’intensifie et le bleu azur de la mer méditerranée se clarifie. La fraîcheur se fait ressentir et l’ouverture approche, nous quittons le noyau dynamique et densifié d’Alger. La découverte de cette première facette dynamique d’Alger est à présent finie mais les autres ne sont que plus belles les unes que les autres…

Auteur: Fatima Chelgham  & Louisa Aouidef

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