Des Hommes dans un souk arabe devant la porte Byzantine de la porte de Salomon (Général Rum) à Tebessa Algerie 1860-1890

Dix ans sont à peine passés sur la mort de Mahomet, que déjà la première dynastie de Califes – celle dite des Rashidun- s’imposait en devoir de succession d’exaucer le vœu sacré du Prophète. Celui-ci rêvait de voir le message d’Allah porté de son vivant aussi loin que le Créateur jugea sage de mettre la terre ferme sous le pied qui marche. Avec l’avènement du Calife Uthman, les ambitions conquérantes de l’Empire Islamique sont dirigées vers les provinces de l’Ifriqiya qui s’étendent à l’ouest de l’Egypte en Afrique du Nord.

En l’an 647 Abdullah Ibn Saad conduit une première expédition de vingt mille hommes qui partent de Médine en direction de Memphis en Egypte où un renfort du même nombre d’Arabes les attend. Une armée de quarante mille soldats marche en direction de l’Ouest, prend la Tripolitaine et se rue sur l’Exarchat de Carthage. Les gouverneurs byzantins qui régnaient alors sur la région s’allient à quelques tribus berbères autochtones et tentent ensemble de faire barrage aux troupes arabes, avant que leur farouche résistance ne soit défaite à la bataille de Sufétula. Les Arabes pillent la ville et acceptent de rebrousser chemin en contrepartie d’un lourd tribut en or. Des guerres civiles entre diverses factions arabes secouent violemment l’Empire Islamique et des querelles intestines entachent les dernières années du Califat des Bien-Guidés. Le calife Uthman meurt assassiné. Son successeur Ali subit le même sort. L’instabilité du climat intérieur força les musulmans à freiner leurs élans d’expansion territoriale et à modérer le zèle mis à propager la doctrine mahométane durant les premières années du Califat.

Sitôt le califat passé sous la gouvernance de la dynastie Omeyyade, les invasions arabes reprennent. Le calife Muawiya nomme un gouverneur subordonné à El Fustat en Egypte qui servira de point de départ pour de futurs empiètements sur les contrées voisines. Une deuxième invasion de l’Ifriqiya est amorcée lorsque les musulmans ripostent à l’assaut byzantin sur l’Egypte et poussent leurs troupes à travers le désert jusqu’à s’emparer de Barqa. En 670, Oqba Ibn Nafi mène une armée de dix mille hommes et part à la conquête de l’Afrique du Nord. Le général mecquois fonde la cité florissante de Kairouan d’où part l’expédition qui réussit à s’infiltrer profondément dans les déserts et atteindre les côtes de l’Atlantique. Sur sa route, Oqba assiège Bougie, érige la ville de Fès et prépare la prise de Tanger. Ce dessein est brisé par le comte Julien, le gouverneur byzantin de la ville. Celui-ci repousse l’armée d’Oqba et la force à se replier vers l’Est. Oqba ne pourra jamais finalement regagner Kairouan, car il paiera son tribut à la nature sur le chemin du retour. Une coalition berbéro-byzantine commandée par Koceila surprend les troupes musulmanes à Vescera (Biskra) et décime leurs rangs. Koceila marche triomphant sur Kairouan et met la cité en état de siège. Des agissements dans les hautes sphères du califat Omeyyade focalisent l’attention des chefs musulmans sur la situation houleuse en péninsule Arabique fortement secouée par des conflits internes. En conséquence, la suspension des conquêtes en vue de stabilité et la déroute générale des forces musulmanes sur plusieurs fronts amenèrent la fin de la deuxième invasion musulmane du Maghreb.

Profitant de l’accalmie qu’a connue le climat interne du califat en cette fin du VIIe siècle, l’émir omeyyade de l’Egypte Hassan Ibn Numan marche en tête de cent quarante mille hommes et part à la conquête de l’Ifriqiya. Moins éclatante que sa précédente, la troisième invasion musulmane permet aux troupes arabes de mettre définitivement la main sur Carthage et Kairouan. Contre toute attente, leur présence en Afrique du Nord-Est en butte aux soulèvements armés de tribus berbères unies pour combattre sous les ordres de la reine Kahina. Elle livre une bataille sanglante à l’armée d’Hassan près de l’Oued Nini aux Aurès. Les musulmans vaincus et diminués en nombre battent en retraite et s’enfuient en Cyrénaïque. Le règne berbère revient dans la région pour cinq ans ; le temps pour Hassan de recevoir un renfort venu de l’Arabie et de réessayer une nouvelle conquête. La prophétesse Kahina rend l’âme à la toute première bataille. Cette fois-ci, les musulmans réussissent à occuper la totalité de l’Afrique du Nord qu’ils divisent en trois régions : à l’est, L’Egypte et son gouvernement à El Fustat ; à l’extrême ouest le Maghreb-el-Aqsa qui élit capitale à Tanger ; et au milieu l’Ifriqiya gouvernée par Moussa Ibn Noçair, le nouvel homme fort de Kairouan. Ce dernier dut au départ calmer des mutineries qui ont éclaté parmi les populations locales. Il adopta une politique d’islamisation massive conjuguée avec une répression violente envers les récalcitrants. Des civils sont égorgés, emprisonnés, vendus en esclaves ou forcés de rallier les troupes musulmanes.

à Tanger ; et au milieu l’Ifriqiya gouvernée par Moussa Ibn Noçair, le nouvel homme fort de Kairouan. Ce dernier dut au départ calmer des mutineries qui ont éclaté parmi les populations locales. Il adopta une politique d’islamisation massive conjuguée avec une répression violente envers les récalcitrants. Des civils sont égorgés, emprisonnés, vendus en esclaves ou forcés de rallier les troupes musulmanes.

Aujourd’hui, le nombre de musulmans au Maghreb dépassent les 80 millions, soit plus de 90% de la population maghrébine. Les différentes constitutions des pays maghrébins instaurent l’Islam religion d’état voire composante identitaire fondamentale pour un mélange ethnique d’habitants qui se proclament arabes à leur quasi-totalité. Onze siècles de califat islamique sur le Maghreb ont vu la succession d’une dizaine de dynasties qui ont enrichi chacune par leurs apports civilisationnels l’histoire déjà très longue de la région. On n’observe pas dans ce fait une particularité propre à l’occupation musulmane du Maghreb. En règle générale, les conquérants deviennent des serviteurs des terres conquises si leurs conquêtes se voient récompensées par une perspective d’installation durable sur ces territoires fraîchement acquis. Il est alors impossible de voir le versant sombre d’une conquête par des jugements émis sur base de constats faits au terme d’une occupation. Toutes les violations et tout le gâchis sont visibles aux premiers temps ; ces temps où une présence indigène manifeste encore toute sa légitimité sur une terre en proie aux vagues successives d’envahisseurs étrangers. Les récits des conquêtes musulmanes au Maghreb ne sont pas des mémoires d’apôtres venus prêcher les enseignements universels de leur disciple. En dépit de son prétexte sacré, la diffusion de l’islam s’est faite par le sabre et l’épée. Ceci a fait que le Message est transmis à une population largement réduite suite aux combats sanglants dans lesquels les messagers les ont attirés.

Bien que les peuples de l’Afrique du Nord rechignent au début des conversions à embrasser une nouvelle religion venue supplanter leurs traditions byzantino-chrétienne ou berbère, leur volonté plie sous l’effort d’acculturation et d’islamisation exercé par les nouveaux gouvernants musulmans. Beaucoup de Nord-Africains deviennent par la suite de fidèles serviteurs du calife et de brillants citoyens musulmans comme Tariq Ibn Zayad qui porta la bannière de l’Islam au-delà des mers et conquis la partie méridionale de la péninsule Ibérique qui serait la dernière étape de l’expansion de l’Empire Islamique.

Auteur : Nassim Zarka

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