Si la littérature algérienne d’expression française a toujours revêtu l’austère habit de l’engagement, c’est, il ne faut l’oublier, qu’elle est apparue dans un contexte historique l’y obligeant.

A travers notre article, nous chercherons à lui retirer cette toge, et à montrer la beauté des lettres algériennes.

Les premières lettres françaises écrites par l’algérien se voulaient institutrices d’un dialogue avec l’autre, dénonciatrices et critiques.

On peut reconnaître trois générations d’écrivains algériens. Chaque génération s’imprègne de sa condition sociale et en exploite le potentiel pour créer un univers littéraire propre.

La première aurait émergé dans les années 50 avec Kateb Yacine, Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri. Ces auteurs, devenus cultes, dénonçaient la misère sociale du peuple autochtone à travers des romans comme « Nedjma »,  « Le fils du pauvre », ou encore la « Colline Oubliée ». Leurs œuvres s’inscrivent, en plus du contexte historique, dans un style apportant du renouveau autant aux lettres algériennes, qu’à la littérature francophone. Ainsi, Kateb Yacine, riche de l’influence des auteurs français de son époque, inscrit son écriture dans le nouveau roman lui conférant ainsi une dimension moderne et une envergure internationale. Plus qu’un réalisme traditionnel, le roman de cette époque porte donc, autant dans sa forme que dans son fond, un réel désir d’émancipation.

La deuxième génération d’auteurs est celle des années 70, représentative d’une Algérie nouvellement indépendante. Les auteurs de cette génération font de la littérature algérienne un véritable festival où se mêlent tous les genres, toutes les couleurs. Souvent satirique de la bourgeoisie montante de ces années-là, le roman des années 70 se pare d’une robe multicolore contrastant avec la toge des années 50. Nous citerons les œuvres de Rachid Boudjedra, d’Assia Djebbar ou encore de Boualem Sensal.

Loin de représenter une rupture, la génération des années 90 est plus que jamais menacée. Elle  reprend son austère habit pour décrire les horreurs de la décennie noire. De nombreux auteurs s’inspireront du drame algérien dans leurs récits : Yasmina Khadra avec « A quoi rêvent les loups » ou encore Annouar Benmalek avec  « Le Rapt ». Une écriture d’engagement et de lutte contre l’intégrisme.

Aujourd’hui, l’auteur algérien cherche à s’ouvrir au monde. Les registres varient pour créer une diversité sans pareille. Ainsi, Yasmina Khadra nous ouvre les portes de réalités socio-culturelles nouvelles, il met le doigt sur les tragédies contemporaines du tiers monde : « Les hirondelles de Kaboul », «  L’attentat » ou encore « Les sirènes de Bagdad ». Amin Zaoui nous offre des romans empreints de religiosité et de découverte de soi comme « Festin de Mensonges ». Kamel Daoud revisite un classique pour redonner ses lettres d’or au roman psychologique avec « Meursault, contre-enquête ». Karim Akouche, lui, nous offre un roman avec des personnages grossiers, caricaturés, un roman empreint d’absurde : « Allah au pays des enfants perdus » où l’aspiration à l’évasion est omniprésente.

Stendhal affirmait :

Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route.

Ce qu’il a oublié de noter, c’est la dimension artistique du roman. Comme un peintre, l’écrivain décrit des personnages et des paysages à travers des prismes : les narrateurs. Comme le musicien, l’écrivain joue avec les sonorités des mots. Comme le danseur, il transporte son lecteur dans une transe, il le captive et l’isole de ce qui se passe autour de lui pour mieux l’éveiller aux réalités de son époque.

Quand le romancier algérien s’adresse à ses lecteurs, ces sensations sont encore plus fortes car elles émanent d’une blessure commune. Il y a une connivence entre les deux parties qui se renforce à chaque nouvelle publication. Le public, à défaut d’être nombreux, est fidèle…

Auteur: Djouher Mezdad

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