Appelées aussi croix du Niger, les croix du Sud, sont des bijoux ethniques typiquement liés à la tradition du peuple berbère, les Touaregs. Ces derniers, comme l’exige la dureté de leur environnement et sa nature, sont renommés pour leur créativité. D’autant plus, leur artisanat et leurs bijoux, notamment les croix du Sud.

Principalement, il n’y aurait que vingt et une vraies croix du Sud. Considérées comme emblèmes de localité, vingt d’entre elles portent les noms des oasis et des tribus dispersées dans le Ténéré (Sahara en Tamashek, langue touarègue), un territoire qui s’étend sur l’Algérie, la Lybie, le Niger, le Mali et le Burkina Faso. La vingt-et-unième croix, elle, porte le nom de Mano Dayak, un rebelle qui a dirigé la Rébellion touarègue des années 1990.

Certains, faut-il le souligner, considèrent que l’attribution du nom « croix » à ces bijoux pourrait être arbitraire, car le mot n’a pas d’équivalent en langue Tamashek, mais aussi parce que le pendentif a souvent d’autres formes que celle d’une croix. Les Touaregs, eux, regroupent ces bijoux sous l’appellation de teneghelt, qui signifie la cire perdue, en allusion à leur procédé de fabrication.

L’artisan fait un moule de cire en terre en forme de la potentielle croix. Lors du chauffage, la cire se perd, laissant ainsi la forme de la croix creuse. Le métal, souvent l’argent, étant le métal préféré des Touaregs, dit « le métal du prophète », est alors versé dans l’espace creux. La croix est ensuite polie et gravée par le forgeron.

Histoire et significations :

Après des siècles et des siècles, un nombre de gens, même ceux qui ne sont pas des Touaregs, s’ornent toujours de ces bijoux. Mais est-ce avec la même intention ? Les croix du Sud sont censées avoir servi, jadis, d’identifiant et étaient portées en signe d’appartenance à une certaine tribu, ou même une région, par les nomades qui souvent croisaient d’autres tribus dans leur quête d’eau et de pâturage pour leurs bêtes. Les quatre points du pendentif formant la croix symboliseraient les quatre coins du monde. Des ethnologues pensent que le bijou ne se transmettait que du père au fils, à l’âge de virilité et du nomadisme, en lui disant :

Mon fils, je te donne les quatre directions du monde, car on ne sait où tu iras mourir

Cependant, ce qui a été mentionné ci-dessus, n’est nullement exhaustif. Le sujet de la signification des croix a fait couler beaucoup d’encre, et son symbolisme est aujourd’hui presque perdu.

D’autres soutiennent que, selon une légende, un jeune Touareg, voulant déclarer sa flamme à une jeune fille toute inaccessible, confia à un forgeron la mission de faire forger un bijou qui combine les deux syllabes du mot tamasheq T(o)R(a) (signifiant amour et s’écrivant  ⵜⵔ en alphabet tifinagh) et de le passer à la fille convoitée.

D’autres, les Touaregs surtout, racontent que la croix d’Agadez (la plus connue) représente les constellations, et qu’en son centre est dessiné un puits et les troupeaux qui s’y abreuvent. Ils relient ainsi ce bijou traditionnel aux étoiles qui leur permettent de s’orienter dans le désert, aux troupeaux, un de leurs biens le plus précieux, et à l’eau si rare.

Quant à son ancienneté, des chercheurs décrètent que l’origine du bijou remonte à l’ère pharaonique. Cependant, des tribus Touaregs, telles les Kel Aïr et les Kel Geress, en font l’usage jusqu’à nos jours. D’autres, pas même Touaregs, comme les Peuls et les Hawsa, l’ont aussi adopté depuis belle lurette.

A l’image de leur concept de nomadisme, les croix du Sud ne connaissent aujourd’hui pas de frontières, et sont vendues et portées un peu partout dans le monde.

Auteur: Youcef Oussama Bounab

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here