Le Musée National Public d’art Moderne et Contemporain d’Alger (MAMA) a accueilli, du 14 Mars au 14 avril 2018 la Journée mondiale du design italien, pour sa 2eme Édition. Organisée par l’Ambassade d’Italie et l’Institut culturel italien, cette journée a été porteuse d’échange et de contact culturel entre l’école du design centenaire italien, et le design émergeant et prometteur algérien. Cette grande exposition célébrée à travers 100 pays avait cette année comme Thème Fondamental : DESIGN & DURABILITÉ.

Work by Valentina Frosini

L’appel à candidature qui a était lancé, visait à la fois les jeunes étudiants ainsi que les jeunes diplômés et les professionnels qui ont pu répondre par des œuvres inédites qui respectent les 2 critères : esthétique et éthique, qui se concrétise par l’utilisation de matériaux recyclés et la transformation des matières biodégradable ; le tout réalisé en autofinancement.

La manifestation ne s’est pas résumée à l’exposition proprement dite, en effet celle-ci a connu un programme riche, entre expositions conférences et workshop. Le Workshop fut organisé au niveau de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts, pendant 4 jours, sous l’expertise de deux professeurs Italiens de l’université de Florance : Giuseppe Lotti et Valentina Frosini. Et avec la collaboration des deux professeurs de Design de l’école supérieure des beaux-arts d’Alger : Hamid Kouache et Mohamed Yahi. Le travail, élaboré dans le cadre de la préparation du «concours méditerranéen de la paix », s’organisait autour de l’interprétation d’une assiette en céramique par des designers algériens, sous le titre de design de rencontre.

Feriel gasmi Issiakhem, commissaire générale de l’exposition Italian Design Day en Algérie pour la deuxième fois, a profité de cette manifestation pour soulever certaines difficultés réelles et mettre en place des perceptives concernant le devenir du design en Algérie. Elle a décidé de relever le défi de combler le fossé existant entre les designers et les entreprises, en incitant ces derniers à collaborer pour proposer des œuvres et des produits algériens qui s’adaptent à notre mode de vie. En effet, durant cette exposition, trois entreprises ont répondu présent par leur participation (EXPOSIGN, KUTCH et Trames Algérie).

Il est à noter qu’aujourd’hui, les designers algériens sont officiellement invités à participer à la 22ème édition de la Triennale de Milan 2019, après la réussite et le succès marqués de leurs participations lors de l’édition précédente.

Auteur : Abada Fatima

Anne Murray à interviewer l’Architecte designer et commissaire de l’exposition « Le Design Italien Rencontre le Design Algérien » : Feriel Gasmi Issiakhem.

Feriel Gasmi IssiakhemAnne Murray : Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours en tant qu’Architecte designer en Algérie et de votre lien avec l’Italie ?

Feriel Gasmi Issiakhem : Après avoir poursuivi des études en Design à l’école supérieure des beaux-arts d’Alger, puis architecture à l’université « la sapienza »  de Rome, j’ai passé 15 ans en tant que cadre d’état – chef de projet dans la compagnie pétrolière SONatrach. Tout en m’occupant de lancer et de suivre les grands projets d’infrastructures de cette compagnie, je continuais à concevoir des collections et objets que je montrais lors des expositions et des manifestations nationales et internationales (Paris, Gènes, Dubaï, St Etienne, Milan, Afrique). Un jour, j’ai décidé de partir… Ainsi  de « maître d’ouvrage  » je devenais  « maître d’œuvre » ,une  mutation  vitale pour me consacrer a plusieurs « chantiers » en latence,  comme m’investir dans la promotion de cette discipline et pour réaliser  mes propres projets . Mon lien avec l’Italie, c’est déjà mes années d’études à Rome, une exposition a Gènes en 2004, la triennale de Milan en 2016, et finalement commissaire des 2 éditions « Italian Design Day » dont l’organisateur m’a été confiée par l’institut culturel Italien.

Anne Murray : Quel rôle pensez-vous que le Design joue dans les temps contemporains ? Comment le design influe-t-il sur l’Algérie ? Et quels liens voulez-vous créer en acceptant d’être commissaire de la journée du Design Italien deux fois de suite ?

Feriel Gasmi Issiakhem : Le design représente aujourd’hui un maillon fort dans les sociétés parce que son interdisciplinarité lui permet d’agir sur plusieurs secteurs : industrielle, économique, environnementale, artistique, et donc il a un impact sociétal important. Pour l’Algérie, le design n’a pas connu les grandes révolutions industrielles pour soutenir une comparaison a un design italien, séculaire, notre design est en phase d’écrire son histoire, mais face aux changements économiques actuels de l’Algérie, c’est maintenant que le designer algérien doit être actif sur tous ces secteurs pour expliquer sa nécessité.

Lors de cette édition, grâce aux ateliers, à l’exposition et les conférences, mon désir était surtout de faire rencontrer designers italiens et algériens, leur donner l’occasion de penser à de futurs projets ensembles et aussi de permettre une confrontation de leurs travails. Il est important dans la vie d’un créateur de sans cesse, s’autoévaluer.  

Anne Murray : En tant que designer, quels étaient les détails les plus importants que vous vouliez partager à travers cette exposition ? En tant que commissaire, comment ces détails pourraient-ils se connecter ou se contraster ?

Feriel Gasmi Issiakhem : C’était surtout ma curiosité de voir le résultat final qui m’a guide, la question était comment faire cohabiter dans un même espace , des œuvres italiennes avec celles  algériennes, deux formations et vécus différents pour l’installation scénique.  j’ai surtout misé sur la non-rupture visuelle de la qualité esthétique des œuvres italiennes et algériennes ; et la nouveauté, c’était de voir de jeunes designers exposer pour la première fois dans un espace muséal. En visitant l’exposition, Italiens et algériens sont unanimes : il est difficile de distinguer les objets des uns et des autres par leur rivalité esthétique, et maîtrise technique. Pour cela ma pensée était celle de designer car je connais le processus créatif et les difficultés locales inhérentes à sa matérialisation, c’est ce qui m’a permis de mieux accompagner et faire des choix. 

Anne Murray : Quelles sont les principales tendances du design algérien aujourd’hui ? Comment le reste du monde peut-il se rapporter à ces tendances ? Et comment voyez-vous l’avenir du design algérien ?

Feriel Gasmi Issiakhem : Le design algérien est axé sur un design d’auteur, pas de réalisation en série du fait de l’absence des dispositifs industriels nécessaires, ni d’édition. Il fonctionne avec le binôme Design/Artisanat, ce qui lui donne une image controversée, en occident, il est regardé comme un objet luxueux par ses matières et techniques ancestrales, en Algérie, il est perçu comme objet artisanal qui ne répond pas aux codes du design industriel, (seule définition acceptée par les Algériens). En fait, c’est une affaire de perception culturelle et intellectuelle. Quant au design algérien, je suis optimiste pour son devenir sur la scène locale.  

Anne Murray : Quelles ont été les corrélations inattendues que vous avez découvertes entre les designers italiens et les designers algériens ? Quels étaient les aspects que vous saviez déjà qu’ils avaient en commun ?

Feriel Gasmi Issiakhem : Je savais déjà , que leurs langages esthétiques pouvaient se croiser a un moment donné, peut-être est-ce dû au partage du même bassin méditerranéen , qui montre certaines similitudes aux niveaux des matières, couleurs utilisées, mais aussi au niveau sémantique. 

Anne Murray : Comment pensez-vous que le design relie les gens dans le monde ?

Feriel Gasmi Issiakhem : Le design est un lien très fort pour parler des expériences des uns et des autres, des difficultés comme des solutions pour rendre le monde meilleur, le designer se doit être un garant du bien vivre ensemble, dans chaque phase et pensée traduite dans son projet.

Anne Murray : Quels sont les résultats de ce projet ? Et quelles étaient vos attentes de celui-ci

Feriel Gasmi Issiakhem : L’exposition a eu le succès attendu, tant les efforts des organisateurs, ambassade d’Italie et institut culturel italien ont été importants pour le suivi de cet événement. Le résultat est que plusieurs projets ont été énoncés, ateliers inter écoles, projets design entre les deux rives. Pour ma part, je suis heureuse d’avoir participé à ce partage esthétique, mais surtout aux différentes confrontations qui ont permis l’observation de l’avancée du Design Algérien.

 Work by Maddalena Vantaggi

Work by Karim Sifaoui

Work by Nabila Kalache

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