Alger, ville ankylosée autant par sa nonchalance que par sa beauté. Alger, tu ne cesseras donc jamais de nous étonner !

Ceux dont l’âme est inculte ne font que regarder vaguement, voir lâchement, tandis que ceux qui observent minutieusement s’abreuvent de cette manne culturelle algéroise toutefois narquoise ! Car Alger recèle de nombreux joyaux visibles pour ceux, bien sûr, qui voudront bien les regarder. Mais les « regarder » ne serait point suffisant à l’égard de leur valeur. Ce patrimoine, il faut le sentir et le (re)ssentir ! Parmi cette myriade de trésors, architecturaux se trouve une catégorie tantôt ignorée tantôt admirée : Je voudrais vous parler de l’âme des « Escaliers d’Alger ».

Quand vous errez volontairement dans la Blanch(i)e, votre route tracée alambiquée croisera tôt ou tard, un des innombrables Escaliers que compte la capitale. Qu’il mène vers le haut ou vers le bas, il invitera toujours les esprits des baroudeurs hardis à l’emprunter. C’est alors, que pour eux se profile une nouvelle dimension des « Balades à Alger ». Le terme «  Se balader » est à bannir pour laisser place à « Arpenter ». En effet, on ne se balade pas dans un escalier, on l’arpente. Nos pieds foulent les marches à reculons, nos jambes jonchent les paliers allègrement et nos yeux contemplent ce qu’ils voudront bien contempler. C’est ainsi qu’on découvre l’âme de la ville, non pas en se faufilant dans la foule de ses artères bondées ou en se cloisonnant dans son carrosse de princesse des temps modernes, mais en « Arpentant » ses Escaliers.

Ces Escaliers, ce sont les nôtres, ils sont le pont entre tout ce qui nous fait, tout ce qui nous sépare aussi. Les Escaliers de la Casbah, de Laâqiba et de Bab El Oued ébahissent par leurs pensées mémorielles, ceux du Telemly et d’Alger-Centre par leurs grandeurs tantôt étroites tantôt éternelles, ceux de Kouba et d’El Biar par leur calme et leur simplicité suavement belle.

Détrompez-vous si vous croyez que les Escaliers d’Alger ne sont qu’extérieures aux bâtisses, certaines surprises se gardent bien au chaud à l’intérieur des cours et aux enceintes des halls d’entrée. N’hésitez donc pas une seule seconde à aller à la rencontre de ces toiles baroques, classiques ou naturalistes qui parsèment parsemées dans les immeubles du centre. De passage à la Rue d’Isly, aventurez-vous là où votre instinct d’explorateur urbain vous dit d’entrer, qui sait ? Peut-être que vous tomberez nez-à-nez avec une réplique, dans une plus petite échelle, des escaliers marbrés de Versailles (Je peux vous attester de leur existence !) ou bien avec un escalier hélicoïdal si géométrique qu’il vous hypnotisera par sa perfection, ou même un escalier basique qui ne paye pas de mine au premier abord mais qui se dévoilera bien plus sympathique avec celui qui aura bien voulu l’ « écouter ».

« Ces Escaliers ont une Âme ». Parfois ils sont enjolivés (ou enlaidis selon le degré de bigarrure) par quelques céramiques çà et là, égayés par quelques couleurs à la limite de l’écœurement et parfois, la terne teinte grisâtre des escaliers est laissée pour compte, invitant généreusement les piétons et tous les éléments environnants à raviver leurs couleurs estompées par leur vie tout simplement.

Il faut les réconforter ces Escaliers ! Les Escaliers d’Alger détiennent en eux toute l’âme d’un peuple, le représentant d’une façon qui, tirée par les cheveux, devient poétique : Ils sont l’ascension de l’esprit vers les voluptés taciturnes des sages, comme ils peuvent aussi être la dégringolade de l’esprit vers les vicissitudes mortifères de l’existence. De même, les Escaliers d’Alger évoquent aussi bien la peur que l’espoir, la mer que la montagne, le pure que le sale, l’aube que le crépuscule, le beau que l’affreux. Mais cela n’est pas bien grave en soi, ce qui est grave c’est cette complaisance dans notre ignorance de ces « êtres » à part entière. Quand on y pense, n’est-ce pas que tout ce qui n’est pas beau est en réalité sublime !

Auteur: Aïmen Laihem

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