Est-ce là la lueur d’une bougie qui essaye de renaitre que je peine à apercevoir ? Est-ce là l’éclat d’une perle, celui de la perle de l’Afrique du Nord, comme décrit autrefois par Ibn Khaldoun, qui tend à éclairer mon chemin ?

Cap Bouak - Plage des des Aiguades

Aujourd’hui Bougie exalte ses mille faces pour nous faire rêver comme elle a su si bien le faire il y a de cela plusieurs milliers d’années ; son histoire commence avec un petit mouillage : Celui des Aiguades…

Installé par des marins Phéniciens pour amarrer en cas de tempête, se mettre à l’abri au sein des rivages du golf de Bougie sous la protection du mont Gouraya. Ce petit mouillage fut agrandit en port avec l’arrivée de nos voisins les Romains, ce grand empire dominant alors la Méditerranée donna à la ville le nom de Saldae, faisant alors partie de ce qu’on appelait la Maurétanie Césarienne ensuite, de la Maurétanie Sétifienne. Deux œuvres emblématiques en sont témoins : La mosaïque Romaine représentant le titan Océanos (aujourd’hui exposée au niveau de la Mairie de Béjaia) et le cippe Romain (exposé juste en-face), venu de Lambèse, érigé au 3ème siècle de JC pour célébrer la fin des travaux d’alimentation en eau de la ville de Béjaia. Celle-ci acheminée depuis Toudja, commune dans les environs de la ville à travers un aqueduc et des canalisations souterraines. De nos jours, les villageois de Toudja n’oublient pas chaque année, de célébrer la fête de l’eau au printemps, en invitant différentes associations œuvrant pour la protection de la nature et des systèmes hydriques et en racontant l’histoire de la région à travers des illustrations et des objets exposés au niveau du musée de l’eau du village.

Des centaines d’années de renversement des pouvoirs Romains, Numides, Vandales et Byzantins passèrent avant la grande invasion des Arabes, venus apporter une religion de paix. Mais la prospérité de Bougie ne se fera connaître qu’à partir du XIème siècle quand elle devint capitale des Hammadites après que ces derniers aient fuit la Qala’a des Bani Hammad (M’sila aujourd’hui).

Le roi de Bgayeth, En-Nacer, lui donna en son temps le nom d’En-Naceria. On dit que celui-ci sortait en bateau à chaque tombée de nuit en compagnie de ses poètes et musiciens, admirer sa ville à la panoplie de minarets qui lui value le surnom de petite Mecque ou de ville Sainte. El-Mansour continua sur la lancée de son père En-Nacer, pour faire de Bougie une ville de savoir de premier ordre, c’était alors, toute la méditerranée ainsi que toute l’Europe qui se tournèrent vers elle. Avec ses mosquées-universités, chaque étudiant souhaitant évoluer dans la théologie, la philosophie, les sciences sociales ou même les mathématiques se dirigeait vers Bougie, l’un des pôles de savoir en Afrique du nord aux cotés de Tlemcen, Tunis et Le Caire. Nous citerons quelques noms emblématiques par rapport à cette période de prospérité culturelle et scientifique : El Madani, Ibn Hammad, Leonardo Fibonnaci, Raymond Lulle, Ibn Khaldon et Ibn Toumert, l’un des précursseurs des Mouwahidin, qui prônait le retour aux sources, qui enseigna à Mellala aux alentours de la ville, la théologie et les sciences du fiqh.

Plus tard, Béjaia fit partie de l’orbite Hafside de Tunis après la dissolution des Almohades. Pendant cette période médiévale, elle comptait vingt et un quartiers, uniquement deux d’entre eux sont encore présents (Houma Karaman et Bab El Louz), une enceinte avec 7 portes dont deux subsistent encore aujourd’hui (Bab El Bahr et Bab El Fouka), 3 palais : le palais de la perle, de l’étoile et le palais Amimoun, 3 cimetières et un nombre incalculable de mosquée, zaouïa et mausolées.

Ces années de gloire se sont révélées éphémères et ont vu une fin désastreuse avec l’arrivée d’une force prônant la Chrétienté, venue saccager la ville qui abritait tant de Maures. En 1510, Béjaia tomba aux mains de Pedro Navarro et fût appelée Bugìa. Charles Quint fut le suivant à y accoster après sa défaite à Alger en 1541. Cette ville d’un blanc éclatant dû à ses minarets se retrouvera peinte de rouge par le sang des Bougiotes versé, noire par tant de maisons, de mosquées et de palais saccagés; en effet, Il ne resta que le rouge du sang ainsi que celui de la brique des forts ; une vocation militaire lui fut ainsi attribuée. Bordj Moussa, Fort Abdelkader (ou fort de la mer), et la Casbah fussent en ce temps, les logements des soldats Espagnols.

Plus tard, Barberousse eut un rêve pour cette ville, celui d’en faire sa capitale. Malheureusement, il ne put voir le rêve s’accomplir de son vivant et c’est, l’un de ses successeurs Beylerbey Salah Rais qui reprendra Bougie des mains des Espagnols.

En 1833, Béjaia fut prise par les forces armées françaises, après 3 ans de lutte des populations locales. Cette ville est connue pour sa forte contribution à la résistance algérienne avec des événements emblématiques comme les résistances du Cheikh El Mokrani et Ahedad en 1871, ainsi que le congrès de la Soummam en 1956 à Ouzellaguen. Cette période dite coloniale, laissa derrière elle ce qu’on appelle aujourd’hui la haute ville, les premiers plans d’urbanisme de la ville furent dessinés par les Français. On y retrouve des places : Place Gueydon (aujourd’hui place 1er novembre), place Lumumba (avant, place du marché), place Philippe … , des parcs : Square Pasteur, des promenades : promenade de Pise aujourd’hui la brise de mer, un hôpital Frantz Fanon surplombant la ville aux côtés du majestueux Bordj Moussa ainsi qu’un nombre de maisons, bâtiments éclectiques d’une très haute valeur architecturale (Théâtre régional Abdelmalek Bouguermouh, La banque intérieure Algérienne, la cinémathèque de Béjaia …).

Bougie - la Place Gueydon
Bougie – la Place Gueydon

À l’indépendance, les Bougiotes ne purent se retenir d’appeler encore leur ville « Bougie », celle-ci continuant d’éclairer le chemin de ceux qui savent regarder. La vie culturelle, animée par des jeunes gens amoureux de leur région commence à rayonner à l’échelle nationale, et même internationale. Le café littéraire de Bougie, les rencontres cinématographiques organisées chaque année par l’équipe de la cinémathèque de Béjaia « Project Heurt’s », le festival national de musique Amazigh, le festival international de Djoua, les collectifs et associations travaillant pour la durabilité des savoir-faire, de la protection et de la promotion du patrimoine matériel et immatériel sont tout aussi nombreux.

Si un jour, vous voulez faire un tour, n’oubliez pas de faire un saut vers le pic des singes, vers le cap Carbon et vers le fort Gouraya, promenez-vous à la brise de mer et de l’autre côté sur la baie de Tichy.

Des paysages époustouflants, en plus d’une population forte accueillante vous y attendent. À Cap Bouak, n’oubliez pas de saluer l’artisan Nani. À la rue du vieillard, faites un saut chez Karim Ardh il vous expliquera si bien comment il œuvre à la protection de l’environnement. Mangez une glace chez Da Ali Bou La glace, prenez un café au Richelieu, parfois, dur de trouver une place, mais ça vaut le coup d’attendre. Montez, descendez les pentes, les ruelles, celles-ci cachent souvent des monuments plus impressionnants les uns que les autres. Et enfin, respirez l’air frais des oliviers et buvez l’eau de source des Aiguades.

En attendant que le bon vent souffle en faveur de la capitale des lumières, à chaque promenade, je revis ce tableau si bien décrit autrefois par Guy De Maupassant :

Enfermée par une ceinture de montagnes bizarres, aux crêtes dentelées, étranges et charmantes, aux flancs boisés, le golfe de Bougie, d’un bleu crémeux et clair, cependant, d’une incroyable transparence, s’arrondit sous le ciel d’azur, d’un azur immuable qu’on dirait figé. Au bout de la côte, à gauche, sur la pente rapide du mont, dans une nappe de verdure, la ville dégringole vers la mer comme un ruisseau de maisons blanches. Elle donne quand on y pénètre, l’impression d’une de ces mignonnes et invraisemblables cités d’opéra dont on rêve parfois en des hallucinations de pays invraisemblables. Elle a des maisons mauresques, des maisons françaises et des ruines partout, de ces ruines qu’on voit au premier plan des décors, en face d’un palais de carton.

Auteur : BENYAHIA Celya – Nomad Club

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