Lors de balades improvisées dans les rues d’Alger paralysées avec quelques personnes non avisées, parviennent à mes oreilles quelques remarques mal apprivoisées :


« Ce bâtiment est moche. », « Ceci est un tas de ruines. », « Comment les gens peuvent trouver ça beau !? », « Si ça ne tenait qu’à moi, je raserais tout. », « Pourquoi l’Etat s’obstine à conserver ce ramassis de vieilles pierres. » et j’en passe des belles et des pas mûres…
« Ce ramassis de vieilles » comme tendent à appeler ceux qu’on aime appeler « profanes » est ce qu’il est ; il s’agit bel et bien d’un ramassis de vieilles pierres qui combat le temps comme il le peut. Sauf que ce ramassis de vieilles pierres n’est pas anodin. C’est un ramassis réfléchi, maîtrisé, apprivoisé, qui a servi et qui sert toujours, ce ramassis de vieilles pierres est notre Patrimoine et il a besoin de notre aide si on veut qu’il puisse encore servir.


Ce terme, dont moi-même je ne connaissais pas le sens qui se cachait derrière avant de suivre des études en architecture, ne doit pas s’arrêter qu’à moi et qu’aux oreilles de ceux qui activent dans les corps des métiers du bâtiment. « Patrimoine» doit être prononcé par toutes les bouches, senti par toutes les mains, assimilé par toutes les castes de la société, inculqué dès le plus jeune âge et la conscience de son importance doit se transmettre de génération en génération comme il a si bien su résister à travers les âges.
Toutefois, cette résistance est relative. Le Patrimoine périt inexorablement, et ce au su de tous ; l’initié qui se désolera de cela tandis que le non-initié sera indifférent puisqu’il ne verra en cela qu’un énième ramassis de vieilles pierres qui s’écroule comme tant d’autres l’ont subi avant lui et cela, pour le profane, est le dernier de ses soucis. Alors, pour remédier cette complaisance dans l’insignifiance, il faudrait éveiller les consciences, convertir tous les « profanes » en « initiés » parce que le Patrimoine est l’affaire de tous, sans sourciller !


Mais comment ? Me diriez-vous. Certes, on ne pourra jamais sensibiliser l’intégralité des « profanes » en cette cause fragile. On ne pourra jamais tenir des conférences en pleine rue empli de discours véhéments et dans les lesquels la foule scanderait des slogans « pro-restauration » (Quoique l’image serait magnifique en vrai…). Et on ne pourra jamais forcer quelqu’un à aimer toute forme de ramassis de vieilles pierres au risque de l’en dégoûter davantage. Par contre, ce qu’on peut très bien faire, et ce qui se fait déjà, est de créer des actions citoyennes à l’échelle du quartier un peu partout en Algérie pour que chaque habitant se sente concerné par la richesse contenue dans son quartier.


Le plus bel exemple serait celui du collectif des « Ateliers d’Alger » ; une action citoyenne initiée par de jeunes Algérois eux-mêmes « initiés ». Il s’agit d’une initiative qui a pour but de dessiner l’Alger de demain tout en présence de son passé, et ce au-travers de nombreux ateliers participatifs gravitant autour d’Alger, de son urbanisme et de son Patrimoine. Leur cible ; les habitants même des quartiers dans lesquels ils activent. Enfants de Bab-el-Oued, Femmes de la Casbah et Vieillards d’El Biar, tous sont devenus les garants d’une Alger qui souhaite évoluer en gardant son passé.


On ne doit pas s’arrêter à ce que l’on voit dans ce ramassis de vieilles pierres qu’on méprise à tort et à travers. On doit se demander ce qu’il y a derrière chaque mur et laisser chaque pierre nous conter l’histoire qu’elle retient en elle. Il faut laisser ce ramassis de vieilles pierres nous envahir par ses merveilles car n’est-ce pas que l’Habit ne fait pas le Moine.
Alger fascine et hante tous ceux qui s’y aventurent avec passion. Le Patrimoine qu’elle recèle jalousement doit se révéler au grand jour comme au grand public car là est le seul moyen de la sauver ; prendre le soin de la contempler, la questionner et avec elle se réconcilier.

Auteur : Aïmen LAIHEM -NOMAD Club

-Saint-Raphaël-

Un à un au balcon Saint-Raphaël,
Nos corps se résignent à l’immortel.
Moi, baladant mon regard sur ta bouche,
Toi, attendant que mon esprit accouche.
Nous nous faisons face, naïfs aguicheurs,
Chacun espérant fuir son triste malheur.

Seul au balcon Saint-Raphaël, je songe ;
Est-ce sain que tu retiennes encore tes Anges ?
Toi, parent indigne que les autres jugent
Incapable, lâche. Cependant, pour toi eus-je
Une once de tendresse mêlée d’empathie
Quant à ta déchéance dont je pâtis.
Tant d’âmes se demandent, déboussolées,
Si ton indéniable mort avait hélé
Non pas les Chérubins mais les Démons !

Perché au Saint-Raphaël, je me morfonds.
Ce balcon a le don de provoquer
En une âme toute une ville interloquée.

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