Écrivain, Romancier, amateur du théâtre, mais avant tout un philosophe unique en son genre.

Albert Camus, de nationalité Franco-Algérienne, a su comment imposer ses propres approches dans le monde entier et créer son propre courant philosophique appelé « Le cycle de l’absurde ».

C’est avec une simplicité troublante que Camus a décidé de nous faire part, à travers son roman “l’étranger”, de tous ces états d’esprit, depuis le vide de tout sentiment jusqu’à l’indifférence même de l’univers à notre égard. Et c’est justement cette confrontation entre la quête interminable de l’homme au sens de la vie et le rejet du monde de cette requête qui donne à sa doctrine un sens «absurde».
«Aujourd’hui, maman est morte, ou peut-être hier, je ne sais pas». C’est par cette absence de détresse envers la mort de sa mère que Meursault, personnage principal du premier roman de Camus, « l’étranger », nous exprime son indifférence et insensibilité envers cet événement tragique. Ceci est accompagné de culpabilité qui se présente dès les premières pages et à plusieurs reprises : «J’ai demandé deux jours de congé à mon patron, il ne pouvait pas me les refuser pour une excuse pareille, mais il ne m’avait pas l’air content, je lui ai même dit ce n’est pas de ma faute».
Le lendemain, il se rend à l’asile où était sa mère, rencontre le concierge avec qui il échange quelques cigarettes et des propos qui ne manquent pas de culpabilité, mais aussi d’absence d’affection. Cette absence atteint son seuil lorsque Meursault refuse de voir le visage de sa mère une dernière fois à la morgue.

Une fois les funérailles terminées, il rejoint à nouveau Alger où il rencontre une amie à lui «Marie», à qui il suggère de passer la journée ensemble à la plage et de regarder un film comique le soir. Ainsi, les jours passèrent avec le même rythme : la même simplicité, mais aussi avec la même insensibilité envers tout le monde. Un voisin à lui «Raymond», vint lui rendre visite un soir et demande son aide à fin de rédiger une lettre à son ex. Il aura par conséquent des problèmes avec son frère arabe et finira par embarquer Meursault dans une histoire douteuse. C’est justement dans un beau temps ensoleillé d’été que Raymond l’invite, accompagné de Marie, à passer la journée dans un Cabanon au bord de la mer chez des amis à lui. Ce jour-là, la vie de Meursault allait prendre un autre chemin : en effet, en se promenant sur la plage, il remarqua l’arabe de nouveau. Après quelques minutes de contemplation et avec un geste vide de toute «préparation à l’avance» qu’il tue l’ennemi de Raymond, sous la chaleur foudroyante accompagnée du bruit des vagues.

Comme de coutume, il se sent étranger à ce qui vient de se passer autour de lui, c’est sans doute à ce moment que le sentiment d’absurdité nous marque le plus dans tout ce roman : «c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur»

Meursault reste en prison, s’ennuie, échange quelques mots avec son avocat et reçoit une visite de Marie. Un an passé et le procès prend enfin place et les différents témoins y assistent, parmi eux le concierge qui témoigne de l’insensibilité du concerné lors de la mort de sa mère à la morgue où il s’est contenté de fumer quelques joints durant la nuit qui précédait l’enterrement. Et aussi Marie qui raconta tous les détails de la journée qu’elle avait passée avec lui jusqu’à film comique le soir. C’est dans une tension pareille qu’on sent que Meursault n’est pas seulement accusé d’avoir tué l’Arabe, mais avant tout accusé d’avoir fait preuve d’indifférence à l’égard de la mort de sa mère. Une fois le procès fini, et au nom du peuple français, on condamne Meursault à mort, mais on le juge aussi «Étranger», étranger à la société et à ses normes de moralité et qui par conséquent n’est rien d’autre qu’un profond gouffre où cette société peut succomber.

Le dernier jour avant son exécution, un aumônier rend visite à Meursault dans sa cellule malgré son refus, chose qui le met dans un état second, remplie de colère et de fureur. Il refoule par conséquent toutes ses explications religieuses du sens de la vie et refuse toute approche religieuse même. Une fois que l’aumônier quitte la cellule, les larmes aux yeux, Meursault retrouve à nouveau sa paix : “Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde”.
À l’approche de sa mort, il se sent plus heureux et rassuré d’avoir vécu dans l’absurdité que dans un monde qui avait un sens, un vrai sens.

Camus décide de mettre fin à son roman par une phrase douteuse, ambiguë pour certains et mystérieuse pour d’autres : «Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine». Ce qui nous fait sentir que Meursault a enfin trouvé son lien avec le monde, avec les autres : La haine ! Ce qui est pour Albert Camus un lien privilégié, une dernière pièce manquante pour un puzzle nommé «Bonheur».

Auteur : Selma Terdjemane

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