« Et dans un tableau, je voudrais dire quelque chose de consolant comme une musique. Je voudrais peindre des hommes ou des femmes avec ce je ne sais quoi d’éternel »

Vincent Van Gogh

L’être humain, cette créature complexe avec ses maux, ses douleurs, ses valeurs et son histoire est bercé par un constant besoin de s’exprimer et de s’identifier chez l’autre, pour cela l’être humain créa l’art et l’art créa l’humain.
Conduit par ses émotions et son ère, l’artiste chante, raconte et peint malgré lui l’histoire de sa société, la libérant des barrières du temps. L’étude d’une œuvre d’art se révèle donc être une très bonne façon d’interpréter une société donnée, nous permettant de comprendre ses envies, ses besoins et ses chagrins.
Prenons en exemple l’art rupestre préhistorique, ces œuvres qui nous racontent un quotidien vécu par nos ancêtres, qui, dans le simple but de laisser libre cours à leurs pensées, ont créé un art tant représentatif de leur époque. Ère d’il y a des milliers d’années, un quotidien qui ne nous parle pas, mais rendu atemporel grâce à l’art. Nous pouvons y lire leurs besoins, leurs envies et les contraintes quotidiennes qu’ils rencontraient. L’art, ne détruit-il pas toute frontière ?

Les conflits, les guerres et la misère humaine ont eux aussi été une essence de création artistique, l’artiste dénonce, quelquefois sans le vouloir, l’oppression et la misère dont il peut être témoin.
Pablo Picasso, ce peintre dont l’art est bercé par la couleur de ses émotions, passant de période bleue à période rose, il ne se cache pas de peindre sa vie sur une fresque. Suite au bombardement de la ville de Guernica en 1937, Picasso délivre à l’humanité une œuvre poignante qui décrit tant bien l’horreur de la guerre, il exprime ainsi sa prise de position de par son art. L’artiste est ainsi fils de son temps contraint d’exprimer l’histoire de sa société à travers son pinceau.
Le Chaâbi, art populaire représentatif de la richesse culturelle algérienne, est un mélange subtil entre instruments orientaux et occidentaux. Il fut considéré dans ses débuts comme scandaleux se limitant à être chanté derrière des portes closes. La vague d’immigration maghrébine permit au Chaâbi de se faire connaître et accepter des deux côtés de la méditerranée.
Laissons « Ya rayah » de Dahmane Elharrachi, ce chant typique du châabi algérien, nous bercer au rythme des douleurs de ces migrants qui quittaient leur pays pour trouver du travail, ses paroles nous content l’Algérie des années 50.
La nostalgie, l’amour de la patrie et l’exil intérieur qu’elle exprime restent atemporels, ce ressenti poignant tisse un lien entre les immigrations ouvrières pendant la guerre de libération et les immigrations d’aujourd’hui. Les Harragas la récitent pleurant « Elghorba » qui les sépare de leur pays, ils s’identifient à cet air qui fut autrefois chanté pour leurs semblables.
Dirigeons notre regard vers la casbah d’Alger, ses souks, ses terrasses et ses cours, que nous disent-ils de l’ancienne Alger ?
Au cours d’une promenade à pied, la Casbah nous livre ses secrets.
L’organisation spatiale des chambres d’une maison autour d’une même cour inspire les valeurs familiales ancrées dans la tradition algérienne, tandis que l’absence de barreaux est synonyme de confiance et de sécurité. Ses terrasses, qui donnent toutes sur la mer, évoquent le lien étroit qui reliait les Algérois à la méditerranée.
Ce décor nous parvint par le biais d’artistes qui ont travaillé à la perpétuité de ce patrimoine architectural qui est l’expression même des traditions algéroises.

Face à une œuvre d’art, nous cherchons une interprétation qui se rapproche le plus de notre vécu, nous cherchons un sens qui nous représente nous un peu plus que l’artiste. La réaction d’une société face à l’art est elle aussi très révélatrice des mœurs de cette société.
Lorsque par exemple la critique s’offusque d’une œuvre la jugeant immorale, cette critique est donc révélatrice des mœurs sociales et des tabous de cette époque.
Oscar Wilde ne disait-il pas : « Les livres que le monde juge immoraux sont ceux qui lui tendent le miroir de son ignominie ».
Il serait donc juste de dire que l’interprétation que reçoit une œuvre d’art à une ère donnée révèle plus sur l’ère de la critique que sur l’œuvre elle-même.

Ainsi, pour étudier l’humain, il est nécessaire de s’intéresser à l’art qu’il produit et à son interprétation des œuvres qu’il contemple. L’histoire se lit autant dans les manuels que dans les galeries d’art.

Auteur : Maya SAHRAOUI , Club Eurêka

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